Critique

Bottled Life

 
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Le réalisateur Urs Schnell et le journaliste Res Gehriger entament leur enquête en nous montrant que malgré leurs demandes, Nestlé refuse de participer à leur projet de documentaire, en invoquant que le résultat sera, selon ses dires, forcément unilatéral, entendre par là, contre elle. Et donc obligatoirement, on n'aura jamais droit au point de vue du principal intéressé. C'est en écoutant le patron de Nestlé Waters, par le biais de plusieurs conférences disponible publiquement, que les deux compères ont l'idée de faire une investigation sur le terrain pour comprendre comment le lobby agro-alimentaire mondial fonctionne: Nestlé n'est pas seul sur le marché, mais possède la particularité, non seulement d'être le leader mondial du commerce du précieux liquide, mais aussi de tirer leurs eaux pour bouteilles au sein même des sources. Les documentaristes nous montrent assez rapidement par divers témoignages que la multinationale ne pratique pas l'étique pour se procurer la matière première de son produit.

Au Pakistan, cette manière de faire s'avère très problématique. Dans les environs de Lahore, l'usine de Sheikupura se sert directement dans la nappe phréatique, ce qui a de graves conséquence dans le plus proche village qui a vu ses puits subir une baisse alarmante. Pire, l'eau est devenue impropre à la consommation et la mortalité infantile a pris l'ascenseur. Ces villageois, qui ne peuvent se permettre d'acheter de l'eau embouteillée, ont remis une pétition à la firme suisse pour obtenir une conduite d'eau depuis la fabrique. La réponse négative aucunement motivée de Nestlé, reste l'une des grandes questions que pose le film.

Schnell et Gehriger ne sont pas là pour bêtement taper sur la puissance économique veveysane, mais pour s'interroger et, grâce à eux et à leur travail, nous avec, sur cet enjeu particulièrement sournois qu'est le fait de se permettre le droit d'exploiter une richesse naturelle pour la revendre à prix d'or. Le film devient passionnant dans sa partie américaine ou les réalisateurs suivent le combat d'un groupe d'habitantes de l'état du Maine, où Nestlé, qui a racheté la marque autochtone Poland Spring, a pu acquérir plusieurs endroits pour uniquement le prix du terrain et l'impôt sur la propriété du sol. L'eau qui en sort ne lui coûte rien et un seul camion rempli lui assure un revenu de cinquante mille dollars. Inquiètes par le va et vient incessant des lourds véhicules dans leur petite ville et l'impact des prélèvements sur les points d'eau qui se trouvent sur et sous la surface du sol, les opposantes obtiendront deux victoires historiques en invoquant un des amendements de la constitution de leur pays et des particularités propres aux lois du Maine. Le film laisse sans réponse un grand nombre de questions et recèle l'avantage de s'interroger sur des pratiques pour le moins obscures et prouve clairement que Nestlé et la transparence ne vont pas de paire, loin s'en faut.

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