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Dark Shadows

 
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N'en déplaise à ses détracteurs, Tim Burton n'est pas mort cinématographiquement parlant et il le prouve de manière brillante avec cette comédie qui allie à merveille humour et noirceur dans un écrin gothique. Cette histoire de vampire qui se fait sortir de son cercueil en 1972 lui permet de jouer sur le choc des époques et des civilisations. Contrairement à son Alice pays des au merveilles qu'il n'a pas réussi à transcender, Dark Shadows, série télévisée américaine très peu connue en dehors de ses frontières, lui offre sur un plateau un matériel de base qu'il mêle à son univers personnel. On a droit à une galerie de personnages truculents et à des situations tellement diverses que l'on passe de la romance passionnelle et romantique en diable à des gags de potaches, en faisant un détour par des séquences plus torrides et explicitement sexuelles comme cette hilarante scène de lit entre Johnny Depp et Eva Green.

Pour donner naissance à ces êtres hors du commun, le géniteur de Beetlejuice s'est entouré d'une brochette d'acteurs, non seulement voués à sa cause, mais aussi en parfaite équation avec le sujet qui leur est offert. On y croise Michelle Pfeiffer en chef de famille qui essaie tant bien que mal de garder un semblant de dignité, malgré la crise qu'elle et les siens subissent, Helena Bonham Carter en psychiatre alcoolique, profitant impunément des largesses de ses hôtes, Chloë Grace Moretz qui livre une prestation à l'opposé total de son personnage pétri de béatitude dans Hugo Cabret en campant une adolescente rebelle, une jeune fille moderne piégée dans un monde perdu et passé de mode, le jeune Gulliver McGrath, aussi vu dans Hugo Cabret, qui incarne les espoirs de descendance de la famille Collins, et la somptueuse Eva Green que Tim Burton sublime en une tentatrice mortellement sexy et maladivement jalouse. Mais bien sûr, la pièce maîtresse de ce long métrage reste l'acteur fétiche du réalisateur, Johnny Depp. Il est magnifique en être de la nuit romantique d'un autre temps parachuté dans la décennie qui devait être celle du renouveau. Avec son élégance naturelle et un phrasé très vieille Angleterre, il fait des merveilles dans ce rôle que l'on sent taillé sur mesure, mais on a beau avoir le plus bel apparat, s'il est mal porté, son effet tombe à plat, ce qui n'est pas du tout le cas ici.

Rajoutez à cela un produit techniquement maîtrisé tant au niveau des décors, des costumes, de la photographie, des effets spéciaux que de la musique, qui alterne avec bonheur les compositions de l'autre fidèle du réalisateur, Danny Elfman, et une compilation de titres phares de la fin des années 60, et vous obtenez une excellente comédie noire dont Tim Burton livre ici l'un des fleurons qui a tout pour devenir un film culte à l'avenir.

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