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Extrêmement fort et incroyablement près

 
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Oskar Schell est un garçon surprenant, curieux de tout et à l’imagination débordante ; son père aime le défier en mettant en scène des « expéditions » sous forme d’énigmes dans le but de le pousser à aller vers les autres. Or, un an après la mort de ce dernier dans l’effondrement des tours jumelles, Oskar souffre encore énormément de cette perte, ne pouvant s’imaginer une seconde vivre sans lui. Une petite clé retrouvée dans les affaires de son père le mène à entreprendre une nouvelle grande expédition à travers New York. Afin d’avancer dans ses recherches, Oskar va devoir aller de rencontre en rencontre tout en affrontant les peurs qui le hantent, toujours plus nombreuses depuis la mort de son père.

Cette adaptation du best-seller de Jonathan Safran Foer (sorti en 2005) est le quatrième film du talentueux Stephen Daldry, qui a laissé derrière lui The Reader (2009) et The Hours (2002), sans oublier un grand succès de l’année 2000, Billy Elliot. Les attentats du 11 septembre 2001, encore peu visités au cinéma, sont en arrière-fond de cette dernière réalisation. Or, le « jour le plus noir», comme le qualifie notre jeune héros, n’est pas le véritable sujet de l’entreprise. Bien que les images terribles des tours jumelles en feu soient récurrentes et que leur souvenir soit ancré dans la mémoire des personnages, on suit avant tout un garçon qui cherche une explication à un drame qui n’en offre aucune.

Le film s’ouvre sur l’inhumation d’un cercueil vide, ce qui ne satisfait pas Oskar dont le raisonnement logique est mis à rude épreuve depuis la tragédie. À partir de là, la voix off du garçon nous emporte dans son univers, un monde où se mêlent magie de l’enfance et besoin de cohérence. Cette histoire qui tend vers l’incroyable tient en haleine le spectateur ; certains moments, sublimés par la musique d’Alexandre Desplat, sont même envoûtants. Les acteurs offrent une très belle performance, bien que Tom Hanks et Sandra Bullock soient forcément un peu effacés par le talentueux Thomas Horn dont la première apparition sur grand écran est plus que convaincante. Ce dernier est accompagné par Max von Sydow, fantastique en vieux locataire muet qui laisse à peine deviner un passé meurtri.

Quelques bémols pourtant, comme l’emploi un peu trop fréquent de flash-backs pour illustrer les forts liens qui unissaient le père et le fils. Ces retours en arrière donnent en effet parfois l’impression de vouloir légitimer le casting de Tom Hanks. De plus, lié à ce choix scénaristique, le côté larmoyant de certaines scènes gâche un peu cette atmosphère magique insufflée par la voix d’Oskar et étouffe l’aspect plus noir et tourmenté de la personnalité du héros (plus fortement présent dans le roman). Malgré cela, on embarque sans sourciller dans une aventure aux émotions savamment dosées.

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