Critique

Hugo Cabret

 
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Pour terminer en apothéose cette année exceptionnelle en qualité cinématographique, c'est Martin Scorsese en personne qui revêt le costume du Père-Noël en nous offrant un conte envoûtant sur les débuts du cinématographe. C'est l'histoire d'un orphelin à qui son père a légué un automate, mais il lui manque la clef pour le faire fonctionner. Hugo a douze ans et vit dans les murs d'une gare parisienne. En ces années 1930, il se débrouille pour survivre en volant aux étals des commerces et aide son oncle peu fréquentable à la maintenance des horloges du lieu. A chaque fois qu'il s'aventure dans la zone publique de l'endroit, il risque de se trouver aux prises avec l'inspecteur de la gare, qui traque les enfants sans parents. A l'intérieur des murs, il est libre, c'est son royaume, mais il est seul. Sa route va croiser celle d'Isabelle. Ensemble, ils vont découvrir un lien qui les rapproche: le grand-père d'Isabelle, Papa Georges, connaissait le père de Hugo.James Cameron le dit lui même sur l'affiche suisse du film: "Hugo est le meilleur résultat 3D à ce jour, Avatar compris." Qu'en est-il? On ne peu donner tort au réalisateur de Titanic, Scorsese voulait faire son film en 3D et il s'est donné les moyens de le faire dans les meilleures conditions. Il opte déjà intelligemment pour un cadre 1:1,85  ce qui confère au film un aspect se rapprochant de ce qu'était le cinéma avant l'arrivée du cinémascope. Il propose dans la première partie de son film, une farandole de mouvements de caméra qui se prêtent à merveille à la 3D, comme celui qui suit Hugo descendant un toboggan. Il réussit une scène de poursuite à la manière du burlesque qu'il clôt par une chute inattendue. Scorsese joue avec les effets autant techniques qu'artistiques, quand ce n'est pas les deux en même temps, de la jeunesse du Septième art. Mais il ne se contente pas de s'amuser tout seul dans son coin, son film devient très vite, si ce n'est tout de suite après cette superbe ouverture de rouages mécaniques qui se fondent en une vue de Paris, un travail ludique, comme s'il l'on était d'emblée aspiré par ce que l'on voit et entend.En plus d'être une aventure menée à un rythme impeccable rappelant un bal musette, Hugo conte l'existence d'êtres qui ont comme point commun la solitude due à une perte, qu'elle fût physique ou morale. Même le "méchant" de l'histoire, l'inspecteur de la gare, admirablement incarné par Sacha Baron Cohen, souffre d'être seul en plus d'être très maladroit, surtout avec les femmes. Ce choix permet au spectateur de se reconnaître un peu dans chaque personnage ou en tout cas assez pour lui donner envie de les suivre et de comprendre d'où viennent leurs malheurs respectifs. Les deux enfants, Chloë Grace Moretz et Asa Butterfield sont très à l'aise dans leurs rôles. Chloë campe une Isabelle gaie, sautillante, toujours prête à partir à la découverte de quelque chose, elle est craquante. Asa donne à Hugo un côté malicieux par nécessité et donc forcément par la même occasion une certaine méfiance, mais il en fait surtout un garçon déterminé car il a un but très précis dans sa vie: trouver la clef qui fera fonctionner l'héritage de son père, un automate écrivain. Papa Georges c'est le rarement décevant Ben Kingsley et il fait ici des merveilles car il personnifie le génie du cinéma à qui le film rend entre autre hommage, le réalisateur Georges Méliès. Il est magnifique dans la dernière partie quand on le voit enfin à l'œuvre dans ses créations toutes plus folles les unes que les autres et empreintes d'une poésie unique.On ne pourrait clore un texte sur Hugo sans évoquer la partition de Howard Shore qui signe là sa cinquième collaboration avec Martin Scorsese car, en plus d'être un joyau visuel, ce long métrage est aussi un régal pour les oreilles. Shore joue avec les instruments typiques de la musique populaire française qu'il place en soli dans son univers à lui. Cela donne à sa musique un côté nostalgique original et joliment amené. Il y a autant de moments calmes que de passages plus toniques pour accompagner les séquences d'action, ou plus dramatiques pour évoquer les enjeux des personnages.Pour résumer, on pourrait dire que Hugo est un hommage aux techniques ancestrales du cinéma avec celles d'aujourd'hui qui n'ont rarement été aussi bien mises en valeur qu'ici, et ce toujours grâce à une armée de petites mains derrière des claviers d'ordinateurs. Serait-ce d'ailleurs pour leur rendre honneur que le film s'achève par un plan sublime qui remet l'humain au centre et à l'origine des technologies?

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