Critique

Notre étrangère

 
Critique par |

La réalisatrice Sarah Bouyain, après un documentaire sur la question du métissage - Les enfants du blanc (2000) - renoue dans ce premier long-métrage de fiction avec ses racines africaines pour traiter avec pudeur des thèmes comme l’exil et la solitude des êtres dans la quête de leurs origines.

Les histoires de deux femmes burkinabées, si proches dans leurs efforts pour renouer des liens rompus par le passé, sont mises en scène parallèlement de façon très intelligente. L’une, Amy, part de Paris dans l’espoir de rencontrer sa mère, alors que l’autre, Mariam, vit à Paris ; elle souffre de ce déracinement et, subtilement évoquée, de l’absence de sa fille. Bien davantage que des racines communes, les deux femmes partagent ce sentiment d’être étrangères à l’environnement qu’elles arpentent, déchirées entre deux cultures. En effet, bien qu’Amy soit d’origine burkinabée, elle est considérée comme l’étrangère blanche dans le village où habite sa tante. Mariam, elle, est complètement centrée sur la douleur qui la porte, déphasée dans un pays qui l’a accueilli mais où elle ne sait vivre pleinement.

Ce film est poignant par la sincérité des sentiments qu’expriment deux actrices formidables, Dorylia Calmel et Assita Ouedraogo; on sent que la cinéaste a dû plonger dans son vécu pour faire ressortir des situations aux émotions palpables. Elle arrive à souligner à travers de longs plans fixes le calme qui entoure la maison de la tante mais aussi le poids du secret que l’on cache à Amy. De plus, l’absence de sous-titres dans les échanges en langue dioula permet à la réalisatrice de nous faire partager l’incompréhension de la jeune fille – qui ne connaît pas cette langue – face à sa tante. Par des regards, des sourires et parfois des larmes, elles arrivent pourtant à se confier. Le dioula, Mariam l’enseigne à une française dont elle va se rapprocher, dans des moments d’amitié où sa tristesse semble presque s’évanouir - jusqu’à ce que cette relation la mène à affronter à nouveau l’absence qui la ronge.

Notre étrangère est finalement un très beau film sur le chevauchement des cultures, mais aussi sur ce désir incessant d’accéder à une certaine paix intérieure dans le but de poursuivre son chemin plus serein.

En savoir plus sur Jeanne Rohner

CONCOURS Gagnez des goodies et des places pour aller voir le film

Participer