Critique

Habemus Papam

 
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Grande effervescence sur la place Saint-Pierre où un nouveau souverain pontife doit être élu ; l’attente promet d’être longue. Les journalistes, dans un effort de ménager le suspense, répètent en boucle le protocole du conclave, détaillant les moindres variations des volutes de la fumée qui annonce la décision du vote. La tension est encore plus palpable dans la Chapelle Sixtine, qui résonne des prières que les cardinaux se récitent intérieurement – une scène surprenante par son audace et sa fantaisie.

Enfin, la fumée blanche annonce le début d’un nouveau pontificat. Mais les doutes accablent le souverain et au moment de se présenter à la foule, celui-ci laisse échapper un cri de panique. Les cardinaux, désemparés par cet état dépressif subit, font appel au meilleur psychanalyste de Rome. Mais le souverain préfèrera se soustraire à ses obligations et s’évader pour une immersion incognito dans les rues effervescentes de Rome.

Un pape qui souffre de manque d’attention, un psychanalyste volubile et désopilant qui bouleverse le Saint Siège – Nanni Moretti -, des cardinaux qui s’adonnent à une compétition de volley-ball… Le cinéaste italien laisse de côté son ironie habituelle et nous livre une comédie subtile qui s’éloigne de la simple caricature de la vie en communauté au Vatican; et pourtant, il y aurait lieu de s’étendre sur les (pré)occupations des religieux, voués à rester cloîtrés jusqu’à la « guérison » de leur souverain, et sur leur cohabitation avec un psychanalyste – athée il va sans dire - qui essaie de les tirer de leur ennui tout en s’amusant de cette situation peu banale.

Bien plus que cela, le film soulève la question de la soudaine acquisition de grandes responsabilités, position qui ferait craquer n’importe qui. En l’occurrence, ce Pape qui préférerait disparaître dans un trou de souris plutôt que d’affronter cette situation des plus angoissantes. Un événement qui, tel un électrochoc, débloque en lui une véritable crise existentielle, la reviviscence d’un passé marqué par des personnes oubliées et des rêves évincés.

Michel Piccoli nous livre une interprétation sensible et poignante d’un homme seul et désemparé, avide de trouver des réponses à ses peurs. Une succession de scènes jouissives à savourer jusqu’au final, grandiose par son témoignage sur la difficulté de faire des choix et sur le courage de celui qui les assume avec humilité.

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