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Le Gamin au vélo

 
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Le cinéma des frères Dardenne est ancré dans une réalité sociale, sur laquelle ils ne portent aucun jugement, pour mieux l'utiliser comme matériau de base à leurs histoires. Ici, on suit Cyril, âgé de douze ans, vivant dans un foyer après que son père l'eut abandonné. Il est persuadé que ce dernier l'a posé là provisoirement et n'a de cesse de vouloir récupérer son vélo. Comme Saint Thomas, Cyril ne croit que ce qu'il voit de ses propres yeux. Il se rend donc à l'ancien appartement de son père pour constater amèrement que son géniteur est parti sans laisser d'adresse. Du coup cette figure paternelle, qui était l'image même de la droiture et de la sincérité, s'effiloche. La quête de son vélo l'amène à faire la connaissance de Samantha qui devient, sur sa demande, sa nouvelle famille d'accueil pour les week-ends. D'un tempérament très fier, voire têtu, Cyril perd de plus en plus ses repères et se laisse convaincre de participer à un forfait, dans l'espoir d'aider financièrement son père.Les cinéastes, une nouvelle fois très inspirés, filment à hauteur de leur personnage central, nous faisant découvrir, par lui, une facette de ce que peut être la perte de l'innocence, et la découverte que le monde n'est de loin pas tel que l'on voudrait se l'imaginer. Les gens qui gravitent autour de Cyril sont traités comme les intersections du chemin de sa vie. Certains l'emmènent sur des sentiers dangereux, d'autres aboutissent à des culs-de-sac sac et d'autres le ramène sur sa propre voie.Dans le rôle de Cyril, le jeune Thomas Doret réalise une magnifique performance à l'instar d'Emilie Dequenne dans Rosetta et prouve que les frères Dardenne on un admirable sens de la direction d'acteurs. Cécile de France campe une jeune femme intègre qui cherche un bonheur simple, résignée peut-être d'avoir perdu ses rêves d'autrefois et elle est d'une justesse remarquable. Jérémie Renier est une nouvelle fois impeccable dans un rôle difficile, car il incarne un homme qui fait le choix de changer de vie plutôt que de se battre pour et avec son fils.En achevant leur film par une scène très forte, les cinéastes montrent à quel point le désir de vengeance peut-être aussi vil que le crime qui l'a inspiré, et donc vain.

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