Critique

La Conquête

 
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Xavier Durringer s’attaque à la réalisation d’un biopic politique ambitieux en brossant le portrait de Nicolas Sarkozy. En racontant l’ascension politique de l’actuel président de la république, le réalisateur se lance un énorme défi. Les rivalités avec De Villepin et la rupture d’avec Cécilia font de ce récit politique une sorte de thriller dont on connaîtrait déjà le dénouement. Alors, conquis ?

Sur un scénario de Patrick Rotman, historien et réalisateur de plusieurs documentaires historiques et politiques, le film retrace la quête de pouvoir d’un homme, qui, alors qu’il est à deux doigts de remporter la victoire présidentielle, se fait quitter par sa femme. Tout commence par les dernières moments qui précèdent l’annonce des résultats du second tour des élections; on découvre alors un Nicolas Sarkozy en peignoir, seul chez lui à attendre désespérément le retour de Cécilia. Nous voilà maintenant propulsés cinq ans auparavant: la visite dans les coulisses de la politique peut débuter, de l’Elysée à Matignon, des entretiens entre Chirac et De Villepin qui tiennent des propos souvent cocasses aux déjeuners que partagent De Villepin et Sarkozy, dont l’ambiance est à couper au couteau.

Les acteurs, en évitant le piège de plonger dans la pure imitation, se sont glissés dans la peau de leur personnage avec brio. Certes, les premières scènes sont assez déstabilisantes, au point de nous amener à douter de nos capacités à rester assis deux heures à regarder la course au pouvoir d’un Sarkozy caricaturé. Heureusement, on se laisse vite prendre au jeu, et notre inquiétude passée, les véritables protagonistes de cette histoire sont presque oubliés, cédant la place à leurs homologues fictionnels. Pourtant, malgré la très belle performance des acteurs et des dialogues efficaces, souvent teintés d’humour (dont quelques savoureuses répliques qui ont effectivement été prononcées par les politiciens), on regrette que l’histoire ne soit pas plus romancée.

En effet, le film prend ici des allures de docufiction ; le spectateur ne verra rien de plus que ce qu’il a pu apprendre à l’époque par l’intermédiaire des médias. Cette biographie est cependant le moyen d’aborder quelques thèmes dignes d’intérêt, comme le pouvoir, les différents rôles endossés par les politiciens selon les situations auxquelles ils sont confrontés, ainsi que la solitude d’un homme qui, paradoxalement, est toujours accompagné (des Sarko-boys, des journalistes ou des électeurs). Un film singulier et plutôt amusant auquel il vaut la peine de s’intéresser.

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