Critique

Les immortels

 
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Troisième film de Tarsem Singh, Immortels contient tout ce qui fait l'univers particulier de ce cinéaste indien. En 2000, fort d'une très bonne réputation dans le domaine du clip vidéo, il livrait son premier long métrage, The Cell, plongée aussi monstrueusement glauque que superbement esthétique dans l'esprit d'un tueur en série. Six ans plus tard et après énormément de difficultés, il signait The Fall, inédit en Suisse, avant d'officier comme réalisateur de la deuxième équipe du très dispensable L'Etrange Histoire de Benjamin Button de David Fincher, s'occupant de toute la partie indienne du film. Il revient aujourd'hui avec une œuvre puisant son inspiration dans la mythologie grecque. Immortels conte comment Zeus choisit Thésée le mortel pour contrecarrer les plans démoniaques du Roi Hyperion qui parvient à libérer les terribles Titans, mis hors jeux par les dieux. On retrouve une imagerie très personnelle où les couleurs sont travaillées comme sur des toiles de maîtres: ah, cette tunique rouge de Phèdre et cette séquence où Thésée et ses compagnons se retrouvent couverts d'une sorte de pétrole. Et il y a ces corps qui explosent au ralentis quand les dieux se transforment en guerriers sanguinaires. Au vu de la bande-annonce, on pouvait craindre que Tarsem Singh nous livre du Zack Snyder avec profusion d'effets graphiques propres au jeux vidéo, mais le cinéaste est beaucoup plus malin que cela et n'utilise ces artifices que sur les personnages divins, faisant ainsi entrer son film dans une logique implacable et non un gros fourre-tout esthétisant.

Mickey Rourke en Hyperion est impressionnant avec sa gueule cassée et sa hargne. Il réalise une magnifique performance de méchant et, quand un méchant est réussi dans un film, c'est souvent gage de bonne qualité. On notera aussi que son Thésée, interprété par Henry Cavill, ne sort pas d'un magazine de mode, malgré une musculature propre à faire défaillir les minettes. D'ailleurs il n'est pas le seul et la gent féminine est servie, question gros bras et cuisses huilés. Les garçons eux se régaleront des scènes de combats et des effets spéciaux particulièrement gores sur la fin du film qui se clôt sur une hallucinante bataille céleste. Et pour accompagner ce foisonnement visuel, le réalisateur confie la musique au compositeur Trevor Morris dont le travail sur les séries Les Tudors et surtout Les Borgias, la brillante réussite de Neil Jordan, présageait du meilleur. Il signe ici une partition toute en force et en puissance sans jamais se laisser piéger par l'emphase gratuite.

Le cinéaste possède encore une particularité singulière car en trois films, il signe chacun de ceux-ci d'un nom différent: pour The Cell c'était Tarsem Singh, The Fall était griffé simplement Tarsem et Immortels portent l'empreinte de Tarsem Singh Dhandwar. Quel nom utilisera-t-il pour sa version de Blanche Neige qu'il a intitulée Mirror Mirror? En tout cas, on se réjouit d'ores et déjà de le découvrir au printemps prochain.

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