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Millénium: les hommes qui n'aimaient pas les femmes

 
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Il est rare que des remakes américains, souvent symboliques d'un manque de créativité désolant, n'égalent voire ne surpassent les films originaux. The Girl with the Dragon Tattoo prouve qu'il en est possible autrement. Seulement deux ans après la sortie du film homonyme suédois, basé sur la trilogie romanesque à succès de Stieg Larsson, David Fincher en porte la version américaine à l'écran. Américaine et pas américanisée, car le réalisateur a choisi de respecter la géographie du récit, tout comme l'origine de la majorité des acteurs – exceptés les principaux. Il fait froid, l'endroit est désolé, l'ambiance devient rapidement pesante. Quelque part entre Se7en et Zodiac, Fincher relate cette enquête avec un sens du rythme inouï (la relative longue durée du film ne se remarque même pas), réussissant constamment à maintenir la curiosité des spectateurs.

D'un maniérisme pourtant absolu, la mise en scène ne s'avère jamais tape-à-l'oeil; elle s'efface toujours au profit d'un résultat d'ensemble, maitrisé, où toutes les composantes se rejoignent de manière homogène. Tous les éléments du film, qui pourtant témoignent d'une identité propre, s'allient pour décupler l'efficacité de la narration. A ce propos, la musique composée par Trent Reznor et Atticus Ross, avec qui Fincher travailla déjà sur son précédent Social Network, affiche une tendance disruptive, avec tous ses sons parasites et étrangers – rappelant ainsi l'excellentissime travail effectué sur Alien 3. Bien qu'il en soit ainsi, cette musique accroît considérablement la tension anxiogène qui (sous-)tend le film, en jouant notamment sur l'origine diégétique de ses sonorités.

Outre l'aspect technique totalement abouti, la dimension humaine du film n'est pas en reste. Daniel Craig, bestial comme jamais, crève l'écran par sa prestance et son regard brûlant. Rooney Mara, elle, est totalement méconnaissable, et remplace Noomi Rapace dans le rôle de Lisbeth avec une aisance sidérante. Les acteurs secondaires humanisent l'arrière-plan, rajoutant même un peu de froideur aux décors enneigés, par le caractère détestable de certains personnages. L'on regrettera toutefois que le film présente un mélange un peu trop hybride dans les accents et l'origine des acteurs, qui viennent d'Amérique et d'Europe, et qui présentent par conséquent une intonation parfois trop aléatoire.

Si l'on omet l'introduction du film, qui s'inscrit dans l'héritage des génériques télévisuels, ce que nous offre Fincher avec The Girl with the Dragon Tattoo, c'est une véritable tranche de cinéma. Rythmé comme jamais, le film empoigne ses spectateurs avant même que l'intrigue ne soit réellement posée. Tout y est maitrisé, tels que ces légers mouvements de caméra, imperceptibles, à l'images d'autres multiples détails qui foisonnent et qui enrichissent un matériau déjà captivant. Et même si certains s'amusent à remâcher l'éternel pique pamphlétaire contre Fincher, rappelant que ce dernier vient du milieu publicitaire, il aurait pourtant bien des choses à apprendre aux héritiers plus dignes du cinéma qui eux, roupillent derrière leur caméra.

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