Critique

Avant l'aube

 
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Depuis quelques temps, le cinéma français nous offre quelques jolies perles comme Simon Werner a disparu ou Poupoupidou, des réussites qui sortent des canevas du film d'auteur pseudo branché. Dans la première scène, la caméra suit une petite voiture de tourisme qui gravit un col de montagne enneigé quelque part dans les Pyrénées. C'est celle de Frédéric Boissier, un jeune en réinsertion sociale après un court séjour en prison, effectué pour avoir corriger un peu rudement une personne qui lui manquait soi-disant de respect. Il est engagé dans un hôtel de luxe comme veilleur de nuit. Très vite, il se produit un événement étrange: un client disparaît. Le directeur de l'établissement, Jacques Courveur, remarque que Frédéric soupçonne quelque chose dans cette affaire qui l'implique lui et son fils, mais il sait pertinemment que son employé ne dira rien à la police, car sa condition de sursis le mettrait dans une position des plus délicates. Une fois le stage de Frédéric achevé, Jacques crée un poste de coursier pour lui et le couvre d'attentions.

Mêlant très habilement étude social et intrigue policière, Raphaël Jacoulot qui signe là son deuxième long métrage après Barrage, marche sur les pas d'un cinéma à la fois personnel et populaire. A l'instar d'Eric Zonca et de son Petit voleur, il réussit un film malin, mettant en scène des personnages particulièrement bien écrits. Il oppose un jeune homme qui s'évertue à tirer un trait définitif sur son passé chaotique et un homme installé qui cherche, lui, à cacher un présent entaché par un accident de parcours.

Dans le rôle de Frédéric, on retrouve avec plaisir Vincent Rottier que l'on avait découvert dans l'excellent Les Diables. Il campe un jeune homme tiraillé entre deux mondes. De taciturne et enclin à une existence pépère dans sa vie privée avec sa fiancée ouvrière, il passe à l'arrogance et à la futilité que lui inspirent ses nouvelles fréquentations évoluant dans la bourgeoisie. Il joue à merveille l'adaptation, pour ne pas dire l'opportunisme, mais comme son personnage est entier et ne peut se résigner à choisir, son Frédéric devient seul contre tous, et là il offre une remarquable interprétation de bouc émissaire acculé par la lâcheté des autres. Jean-Pierre Bacri endosse le costume du patron qui déteste plus que tout les travers qui viennent perturber la petite musique de sa vie tranquille. En plus de sa mauvaise humeur qu'il tient à la perfection, il apporte à Jacques un côté sournois et malicieux. La police est représentée dans le film par Sylvie Testud. Son personnage enjoué, brouillon expansif et déterminé fait penser à un inspecteur Columbo au féminin. Ses scènes face à un Bacri excédé sont un régal. Raphaël Jacoulot utilise à merveille la thématique de la rédemption, mais chez lui, celle-ci est impossible et il clôt son film intelligemment en reprenant sa séquence d'ouverture. Le véhicule n'est pas le même, le chauffeur du début est devenu passager et, cette fois, la caméra filme sa descente dans la vallée. Quand scénario, mise en scène et interprétation donnent vie à de si bons moments de cinéma, il serait dommage de s'en priver.

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