Critique

The Tree of Life

 
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POUR
Film exceptionnel à plus d'un titre, The Tree of Life se reçoit comme la copie impeccable d'un brillant élève, à qui l'on aurait demandé un travail sur la vie avec un v majuscule. Sans suivre une trame narratrice qui relaterait une histoire dans le sens d'intrigue, Malick filme des instants de la vie et il propose en permanence la thèse, la synthèse et l'antithèse de son sujet. Son cinquième long métrage évoque tout ce que peut être l'existence, aussi bien en s'attardant sur une famille, qu'en évoquant l'intérieur d'un corps, ou en illustrant l'évolution des espèces, dans une longue séquence qui passe par tous les états: gazeux, liquide, et solide. C'est l'eau, source de vie par excellence et remarquablement utilisée par le cinéaste, qui confronte, pour la première fois de leur existence, les trois garçons de la fratrie à la mort, dans une scène de baignade en rivière.
The Tree of Life foisonne de moments anodins qui peuvent aussi bien être source de grands bonheurs, comme le passage où les enfants se lâchent en l'absence de leur père sévère, que de petits malheurs, comme la séquence où ils se retrouvent forcés de déménager, et vice et versa. Mais Malick ne fait preuve d'aucun manichéisme en n'évoquant pas systématiquement le père comme le mal et la mère comme le bien. La force du film est de ne rien catégoriser et le réalisateur du Nouveau Monde balaye toute la gamme chromatique entre le blanc et le noir, montrant par là que la vie s'étiole dans une variation de tons infinis. Le long métrage joue aussi admirablement sur les hauts et les bas qui font de la destinée de chacun ce qu'elle est, en se focalisant sur les doutes qui habitent ses personnages avec comme point d'orgue la scène particulièrement forte où le père répare sa voiture.
Le spectateur suit en filigrane l'aîné des trois fils, Jack, interprété par un Sean Penn quasi fantomatique, qui se souvient de son enfance, car le souvenir fait partie intégrante de l'existence de n'importe qui, il en est indissociable, lui donne une saveur plus gouteuse que la simple évocation des fait avérés tels qu'ils on eu lieu, le sort d'une réalité qu'il cherche parfois à fuir. Sous la caméra de Malick, Jack adulte évolue très souvent dans des paysages désertiques, l'obligeant à faire face à lui-même au milieu d'un univers étrange et étranger. Avec ce procédé, le cinéaste tend vers une forme d'art proche de la peinture, lui permettant ainsi d'isoler son personnage dans un décor qui ne l'évoque pas directement, pour mieux lui faire perdre ses repères et le plonger dans le doute et le questionnement.
Comme il le dit lui-même, Jack a vécu toute sa vie avec deux points de vue, celui de sa mère et celui de son père, deux visions qui se battent continuellement dans son esprit et dans son âme, et dont il ne sait comment, ou ne peut se défaire. Malick joue à merveille sur la dualité des choses et il utilise ce procédé pour se questionner, et nous par la même occasion, sur l'épineux et délicat sujet de la spiritualité chez l'humain: le père la vit comme une vulgaire convention sociale par tradition et la mère comme un authentique acte de foi très sincère. C'est brillant et accuser le réalisateur de prosélytisme ne tient absolument pas la route, ne serait ce que grâce à la séquence du sermon religieux vu par les enfants, car la caméra ne capte dans leurs regards, à cet instant précis, que le doute, pour ne pas dire l'incompréhension la plus totale.
Le cinéma de Terrence Malick est unique et sa mise en scène est aussi bien littéraire, picturale et musicale que cinématographique. Certes son outil de travail est une caméra, mais dans ses mains cet appareil technologique se transforme à volonté en plume, pinceau ou baguette de chef d'orchestre et c'est cela qui fait que son style très personnel lui permet de tutoyer intimement l'art avec un a majuscule.

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