Critique

Carancho

 
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Pablo Trapero signe un film âpre entre thriller, histoire d'amour et fable sociale. Il fait se rencontrer deux personnages au bord de l'abîme. Sosa essaie vainement de se démêler de ses dettes de jeux en récoltant l'argent nécessaire à sa fuite. Lujan, elle tente de faire son métier d'ambulancière urgentiste du mieux qu'elle peut, mais sa rencontre avec Sosa vient bouleverser son existence entièrement vouée à son travail. Trapero orchestre cette idylle naissante dans un monde où la cruauté et la misère se côtoient violemment à l'image des nombreux accidents de la route qui émaillent le film. Trapero met le doigt sur une réalité peu reluisante de son Argentine natale, les escroqueries à l'assurance accident qui consiste littéralement à jeter des gens totalement démunis financièrement sous les roue des voitures afin de toucher une somme substantielle qui sera partagée entre la fausse victime et l'assureur. Dans une scène terrible, le cinéaste montre jusqu'où certains sont capables d'aller pour obtenir de quoi survivre un moment avant de recommencer, car il faut que l'accident et les blessures qui en émanent soient réalistes.

Mais Trapero orchestre aussi un splendide mélo grâce à son couple qui décident de quitter ensemble cet enfer urbain et grâce à son sens de la mise en scène qu'il utilise comme le bâton dans leurs roues, venant contrecarrer leur projet de bonheur. Il recourt à plusieurs reprises à une superbe astuce qui peut sembler anodine, en cadrant ses protagonistes au bord du cadre scope de son image, comme si ces derniers essayaient de s'évertuer à ne pas y figurer, puis, imperceptiblement, il les recadre très lentement afin qu'ils soient au centre de l'écran à la fin du plan, comme s'il étaient rattrapés par leur destin. Dans le même esprit, il se sert merveilleusement du plan-séquence qui finit toujours par remettre Sosa et Lujan à leur place, leur interdisant ainsi toute forme d'échappatoire, comme dans les impressionnantes prises de vue de l'intérieur d'un véhicule avant la collision.

Rajoutez encore une interprétation irréprochable de Ricardo Darin (Les Neuf Reines, Dans ses yeux) et Martina Gusman, compagne du réalisateur qu'il avait déjà dirigée dans son Leonera d'excellente mémoire et vous obtenez une nouvelle fois la preuve que le cinéma argentin se porte très bien.

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