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Der Grosse Kater

 
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Auteur du très bon Brocken Silence datant de 1995 et après cinq épisodes de Tatort, quelques autres produits télévisés allemands et Baba's Song sorti sur nos écran très récemment, Wolfgang Panzer signe un nouveau long métrage coproduit par la Suisse et l'Allemagne, Der Grosse Kater qui s'avère être une très bonne surprise. Le film s'ouvre sur une suite de gros plans montrant des mains âgées masculines qui farfouillent toutes sortes de mécanismes horlogers. Fin du générique. On découvre par la suite le président de la Confédération Helvétique Kater qui s'apprête à recevoir en 1979 le Roi d'Espagne et sa femme pour une visite officielle. Mais il doit faire face en même temps à une crise matrimoniale car son épouse lui reproche son maque de considération face à la grave maladie que vit leur jeune fils, et à une tentative de coup politique qui doit le déstabiliser.

Der Grosse Kater est une pure fiction qui répond parfaitement à la formule: toute ressemblance avec des personnages existants ou ayant existé ne serait que pure coïncidence. Panzer brosse le portrait d'un homme qui se retrouve piégé dans les arcanes du pouvoir de telle manière qu'il en oublie les siens et sa propre existence, ne se consacrant qu'à sa seule tâche politique. Et Kater excelle dans cet exercice comme dans la scène où il accueille le couple royal en compagnie d'une jeune Espagnole en lieu et place de sa femme qui l'a laissé tomber, en expliquant justement que c'est une idée de cette dernière que sa majesté soit reçue par une compatriote. Il ment évidemment et, comme le mensonge est un sport dans le monde très faux de la politique, Kater est un athlète de haut niveau. Seulement tout performant qu'il soit, un sportif subit inévitablement un jour ou l'autre des défaillances. Et c'est la le point essentiel du film dont le titre est un jeu de mots entre le nom du héros et un gros chat, un matou qui hante les souvenirs du Président, car enfant il fut témoins d'un événement relativement tragique pour lui, impliquant un chat et son père, qui dans le cas de cette réminiscence précise, opta pour une solution expéditive pour régler le problème. Et Kater se rend compte petit à petit que ses très hautes fonctions lui font perdre toute noblesse face au malheur qui touche sa famille. Aidé par sa femme, qui lui fera comprendre qu'elle ne supporte plus son comportement lors du dîner officiel, qui vire quasiment au scandale diplomatique, et une errance nocturne dans les rue de Berne, il retrouve sa dignité perdue.

Bruno Ganz incarne à merveille la dualité de Kater, tiraillé entre son apparence factice imposée par sa carrière de politicien et sa nature profonde. Il donne naissance à un personnage complexe et passionnant que l'on se surprend autant à aimer qu'à détester, réalisant une prouesse en matière d'empathie pour le spectateur. Loin de tout sentimentalisme déplacé, la mise en scène de Wolfgang Panzer navigue habilement entre les fastes de pouvoir et la personnalité intrinsèque de Kater. Le réalisateur achève d'ailleurs son œuvre par une séquence magnifique qui fait habilement écho au générique du début et où l'on voit Kater s'évertuer à combattre à sa manière l'un de ses pire ennemi: le temps qui passe.

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