Critique

Rango

 
Critique par |
Abandonnant la franchise Pirates des Caraïbes dont le quatrième volet a été confié à Rob Marshall, Gore Verbinski revient avec un film d'animation de synthèse qui rend hommage au western par le biais d'une comédie déjantée. Johnny Depp prête sa voix en version originale à une sorte de caméléon domestique qui se fait éjecter de la voiture de ses propriétaires après une embardée sur une grande route traversant un désert américain. Un tatou à l'origine de l'accident lui indique la direction d'une ville nommée Dirt, qui peut être traduit en français aussi bien par saleté, crasse, boue que crotte ordure ou terre. Sur son chemin, il doit faire face à un rapace sanguinaire et au manque d'eau qui se fait de plus en plus ressentir. Il fait la rencontre de Beans une lézarde qui se rend justement à Dirt. Sur place, grâce à son bagout et à son sens de la théâtralité, il se surnomme Rango et raconte que c'est lui qui a tué sept bandits avec une seule balle. Il est rapidement promu shérif de la ville.

L'histoire de Rango est racontée par un groupe de mariachis hiboux qui agit comme le coryphée d'une tragédie grecque. Ces musiciens hilarants interviennent à plusieurs reprises dans des numéros comiques de haute volée où chaque membre de l'orchestre a droit à son solo. Le film reprend tous les aspects du genre américain par excellence, le western, et la petite ville de Dirt semble d'ailleurs avoir été figée à l'époque de la conquête de l'Ouest. On a droit aux duels dans la rue centrale, à une galerie de gueules patibulaires et burinées par un soleil oppressant, de chevauchée dans la poussière, etc…

Rango ressemble un peu à Happy Feet de George Miller dans le sens où c'est une œuvre qui, d'une part, recourt à l'amusement le plus délirant pour faire passer un bon moment, mais soulève aussi une grave préoccupation qui concerne chacun de nous et en particulier la jeune génération, à savoir l'importance de l'eau, qui remplace ici astucieusement l'argent. A Dirt, tout se monnaie en échange du précieux liquide et les réserves de la ville sont sur le point d'être totalement épuisées. Seul le maire, une vieille tortue, en possède encore, mais ne le partage pas. Sans aucun manichéisme, Rango met le doigt sur les limites du capitalisme sauvage qui se permet de spéculer sur les denrées essentielles dans le seul but d'enrichir un petit nombre au détriment cynique des autres. En ce sens, le long métrage de Gore Verbinski fait office d'une vraie leçon de civisme. Plastiquement et techniquement, Rango fourmille de détails impressionnants et use d'une animation magistrale grâce au soin méticuleux apporté aux personnages. Les fourrures, les plumes et les écailles de ce bestiaire, ainsi que la fluidité de leurs mouvements et la mise en scène, laissent pantois d'admiration.

En savoir plus sur Remy Dewarrat

CONCOURS Gagnez un DVD ou un blu-ray disc

Participer