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Sucker Punch

 
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A écouter ou lire certains, on pourrait croire que le sieur Zack Snyder est un génie. On a les génies que l'on mérite, suivant les modes. Pour l'instant ce faiseur n'a encore signer aucun film qui bouleverse l'histoire du cinéma, se contentant surtout de satisfaire les invétérés de jeux vidéo et essayant, tant bien que mal, de mêler le Septième et le Neuvième art. Avec Sucker Punch, c'est la première fois qu'il signe lui-même l'histoire qu'il adapte.

Au sortir de ce long métrage, on se demande franchement à quoi l'on vient d'assister tellement c'est fourre-tout et tape à l'œil. Le film se veut édifiant en narrant l'histoire d'une victime vouée à sa perte dès le début. Dans les années 60, une jeune femme d'une vingtaine d'année et sa sœur cadette perdent leur mère très riche qui leur lègue sa fortune au détriment de leur beau-père. Ce dernier, fou de colère, cherche à se débarrasser de ses deux poids. Notre  héroïne tue accidentellement sa sœur en voulant la protéger des assauts de cet homme cupide. Elle se retrouve dans un asile pour jeunes filles. Le beau-père vénal redevient légitimement tuteur et bénéficiaire de la richesse de sa femme. Cette première partie est traitée comme un long clip vidéo avec très peu de dialogues sur une reprise assez moche de Sweet Dreams (Are Made of This) de Eurythmics. Très mal à l'aise dans cet asile d'aliénée, la jeune fille s'évade par l'esprit dans un monde imaginaire. Elle devient Baby Doll (sic), élève danseuse et prostituée dans un cabaret. Cet endroit n'a rien à envier à la maison de fous et du coup, à chacun de ses numéros de danse lascive que l'on ne voit jamais à l'écran (l'une des rarissimes trouvailles intéressantes), elle se trouve plongée dans des missions improbables lorgnant vers un univers très, voire trop, masculin avec quatre de ses compagnes de galère. Elles se transforment en guerrières impitoyables, mais gardent leurs tenues de scène: ainsi elles ont durant tout le film le haut des cuisses dénudé. Si ce n'est pas là les fantasmes d'un bourrin élevé dans la tradition chasse, bagnoles et gonzesses de l'Amérique profonde, cela s'en approche terriblement: Snyder doit être membre de la N.R.A.

Et c'est dans ces séquences-là que son film est le plus raté, le plus commun, le plus anecdotique et surtout le plus ennuyeux, tant il fait référence au monde fermé et si peu imaginatif des jeux vidéo qui consistent à défoncer des ennemis dont on ne sait rien. Oui bien sûr, ces missions sont aussi une pirouette scénaristique facile pour faire avancer la partie du cabaret, mais c'est digne d'un blog d'adolescent. On lui reprochera aussi sa manière détestable de penser que l'on peut faire de la bande dessinée au cinéma, en filmant souvent des objets en gros plans qui tournoient sur eux-mêmes, au ralenti évidemment. Bien sûr son film caresse dans le sens du poil son public cible, le jeune mâle en mal de sensations fortes qui passent son temps devant sa console de jeu et vit par procuration. Il use de la femme objet dans le sens où ses héroïnes sont belles à regarder et distillent une aura sexuelle dans n'importe quelle situation. Et même s'il tente au final de nous livrer un film sombre, voire passablement désespéré, il le fait de manière moralisatrice au travers de la plus haïssable façon de voir le monde en reprenant à son compte la doctrine: "Œil pour œil, dent pour dent." Maintenant, quand on sait que le titre de son dernier long métrage signifie un coup violent porté à l'adversaire par surprise, autrement dit un coup de pute ou un geste sournois, sa démarche est cohérente, mais reste très discutable dans son fond.

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