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Laisse-moi entrer

 
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Vu qu'ils n'ont pas eu droit à la première adaptation du roman de John Ajvide Lindqvist grâce au magnifique film suédois Let the Right One In (Morse) de Tomas Alfredson, les Américains vont enfin pouvoir constater que l'on peut faire du vrai bon boulot avec des vampires, à mille lieues des indéfendables Twilight et autres True Blood qui ridiculisent et dénaturent le mythe en octroyant à ces magnifiques êtres de la nuit une sexualité qui va à l'encontre même de leur nature. Avec Laisse-moi entrer (Let Me In), Matt Reeves signe une œuvre parfaitement respectueuse du matériel de base et nous offre un long métrage remarquable à plus d'un titre. Bien sûr, il y a deux ou trois effets spéciaux plus tapageurs que dans Morse, mais l'esprit est là, grâce à une mise en scène relativement sobre et surtout une direction d'acteur impressionnante de justesse.

Commençons par les adultes avec Elias Koteas qui interprète l'inspecteur de police chargé d'élucider la vague de crimes sanglants qui frappe sa petite ville tranquille. Son rôle est un peu plus étoffé que dans le film de Tomas Alfredson, car Reeves donne un peu plus d'importance à l'intrigue policière. Il représente l'ordre à travers un cartésianisme monolithique qui se trouve confronté à des phénomènes surnaturelles qui lui font perdre ses repères. Dans le rôle du protecteur d'Abby, Richard Jenkins rend magnifiquement la fatigue de son personnage vieillissant, devenu inapte à continuer sa mission pour sa protégée. Cara Buono vue dans les séries TV The Sopranos, The Dead Zone et Mad Men, incarne la mère de Owen qui est l'une des différences majeures entre les deux films. Ici elle est en pleine procédure de divorce avec son mari qui a finit par la quitter à cause de sa bondieuserie envahissante qui marque un contraste saisissant avec le fond même de l'intrigue des plus intéressants.

Venons en maintenant aux enfants qui sont le centre du film. Owen c'est Kodi Smit-McPhee, le petit garçon du sublime The Road. Il nous offre une prestation impeccable en jouant à merveille sur la dualité de son personnage, à la fois souffre-douleur de ses camarades d'école et par conséquent frustré, mais aussi voyeur sans état d'âme qui épient ses voisins comme pour se venger par procuration des souffrances qu'on lui inflige en société. Et enfin, Abby prend les traits de l'incroyable Chloe Moretz, l'inoubliable Hit Girl du très discutable Kick-Ass. Elle aussi joue à merveille avec la complexité de cet être éternel, prisonnier dans le corps d'une adolescente. Elle cache son immense sensibilité derrière une force surhumaine avec une perfection incroyable, comme on en avait quasiment plus vue depuis l'Anna Paquin de La Leçon de piano, la Natalie Portman de Léon ou la Kirsten Dunst d'Interview avec un vampire. Secondé par une très belle photographie de Greig Fraser, qui rend justice aux années 80 dans lesquelles se déroule l'intrigue et aux ambiances nocturnes et hivernales indispensables au matériel de base, et à la très bonne partition de Michael Giacchino, qui colle parfaitement à l'ensemble, Matt Reeves signe un film à la fois fort et beau qui s'appuie plus que son modèle sur l'émotion engendrée par la relation entre ces deux enfants au seuil de l'âge adulte, sans toute fois oser le plan incroyable de Morse qui montrait que la jeune vampire n'était plus faite pour aimer sexuellement et donc engendrer.

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