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The Social Network

 
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POUR

"Le fait que Facebook reflète le narcissisme d'une société éclaire cette société, rien d'autre".

Cette déclaration de David Fincher à l'occasion de la sortie de son nouveau film, The Social Network, met en lumière le secret du succès de Facebook, tout comme il touche à la moelle épinière du sujet de son film.

Davantage tourné vers le besoin de reconnaissance de l'être humain que sur le phénomène Facebook proprement dit (ce dernier n'étant finalement qu'une sorte de MacGuffin dans le film), le long-métrage de Fincher s'emploie à mettre l'accent sur le narcissisme tapi en chacun de nous (qui n'a jamais souhaité être l'objet d'une attention, quelle qu'elle soit ?).
En observant de plus près la filmographie de David Fincher, l'on se rend compte que tous ses films abordent, de près ou de loin, la question de la recherche du bonheur. Ainsi, Se7en se résumait tout entier dans sa dernière réplique, citation d'Hemingway revisitée par Morgan Freeman sur l'état du monde et la nécessité de se battre pour lui. The Game voyait un Michael Douglas blasé participer à un jeu sensé lui redonner le goût de la vie. Et Zodiac plongeait un journaliste dans une enquête obsessionnelle dont la résolution constituait sa raison de vivre. The Social Network s'inscrit pleinement dans cette thématique de la recherche du bonheur, puisque le personnage de Mark Zuckerberg (interprété par le très bon Jesse Eisenberg) ne recherche rien d'autre que l'épanouissement personnel à travers un besoin de reconnaissance exacerbé.

La première scène de The Social Network donne le ton: le personnage de Zuckerberg débite à la vitesse de la lumière un discours semblant jaillir directement de ses pensées sans passer par la case structure. Sa petite amie, rapidement saoulée par le flot de paroles de son geek de copain, lui annonce alors sèchement qu'elle le plaque. En une scène, Fincher et son scénariste Aaron Sorkin plantent le décor: Zuckerberg vit en mo(n)de clos, et Facebook trouve son élément déclencheur dans une rupture. Brillant.

La suite du film sera ainsi rythmée uniquement par les dialogues (le scénariste Aaron Sorkin explique d'ailleurs en interview qu'il n'est pas un écrivain visuel mais purement attaché à la musique des mots), dans des joutes brillantes, un langage abscons mais intriguant, et un rythme verbal proprement hallucinant, l'ensemble s'inscrivant sur une remarquable musique de Trent Reznor et Atticus Ross.

La mise en scène de David Fincher, proche de la fausse épure (à la manière de l'évolution visuelle d'un Shyamalan), impose quant à elle un véritable respect. Choix des cadres, mouvements de caméras, la complexe sobriété dont fait preuve le réalisateur de Alien 3 se savoure à chaque instant tant elle embrasse son sujet et donne corps visuellement à ses thématiques. Pour preuve, par effet de contraste, cette séquence de compétition en aviron qui tranche visuellement avec le reste du métrage par le caractère ostentatoire (mais non vain) de sa mise en scène: Fincher filme ici un autre univers, celui d'étudiants vivant dans le monde, et non en vase clos.

Le personnage de Zuckerberg évolue quant à lui en circuit totalement fermé, l'intégralité de ses actions, de ses contacts, de ses choix, étant tous tendus vers la recherche de son intérêt personnel, de la reconnaissance et, in fine, de l'accession au bonheur. Son besoin d'amitié est ainsi inexistant, du moins jusqu'à ce qu'il accède à la réussite et qu'il atteigne son Graal. Alors, et seulement à ce moment-là, il expédiera une friend request à une jeune femme via sa créature, dans une scène finale terrible et poignante dans laquelle toute la solitude de ce créateur éclaboussera l'écran. Essentiel.

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