Critique

La Ferme du crime

 
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Après son très réussi Die Hebstzeitlosen (Les mamies font pas dans la dentelle, la réalisatrice suisse née à Interlaken, Bettina Oberli se plonge dans un fait divers sordide du milieu des années cinquante. La scène d'ouverture donne le ton horrifique du film. Deux sœurs rejoignent une ferme isolée en traversant une forêt filmée de manière lugubre à souhait. La plus jeune se présente comme nouvelle domestique, mais sa première nuit dans ce nouvel univers sera sa dernière car toute la famille se fait assassiner à coups de pioche. On se retrouve deux ans plus tard avec Kathrin qui revient dans le village du drame pour assister aux obsèques de sa mère. Dans la maison de cette dernière, elle découvre un tas de lettres refusées par son récipiendaire, le père de la famille massacrée, à qui la mère de Kathrin réclamait le remboursement de son prêt. Kathrin découvre alors que de nombreux villageois pouvaient en vouloir à cet homme à la réputation particulièrement sordide, soupçonné même d'inceste sur sa fille aînée à qui il aurait légué sa ferme contre des faveurs sexuelles.

Bettina Oberli transcrit à merveille l'ambiance hyper catholique qui règne dans cet endroit rural ancré dans ses croyances ancestrales. Elle nous dépeint très justement la loi du silence qui pèse sur tous les habitants, sauf Traudi, la sœur de la domestique tuée avec la famille, que l'on met volontairement à l'écart en la qualifiant de folle. Il est assez absurde de vendre ce film comme un thriller horrifique, car il s'agit avant tout d'un drame pur et dur traité, de façon naturaliste et on saluera d'ailleurs l'excellent travail du chef opérateur Stéphane Kuthy qui signe une photographie magnifique. On sent évidemment la présence du Malin, mais elle est ici utilisée à juste titre comme l'alibi de tout un village qui sait la vérité mais la tait par lâcheté, qui est la principale qualité de la religion catholique et de ceux qui y adhèrent aveuglément par facilité, la plupart du temps. Et la réalisatrice va au fond de son attention en ne révélant jamais la vraie identité du tuteur, car le principal c'est justement cette omerta. Kathrin finira par le comprendre en fuyant cet endroit désespérément et irrémédiablement renfermé sur lui-même.

Le film bénéficie aussi d'une très belle partition du compositeur suédois Johan Söderqvist, l'une des valeurs sûres dans le domaine de la musique de film, à qui l'on doit Let the Right One In (Morse) et Trouble Water. Et il est dédié à Monica Bleibtreu qui interprète Traudi, décédée peu de temps après le tournage. Elle incarne le seul personnage vivant du village qui a un lien direct avec l'une des victimes de la tuerie, de manière bouleversante par son jeu troublant, faisant magnifiquement de Traudi le bâton dans les roues de tout un village.

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