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Mammuth

 
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Le binôme Benît Delépine et Gustave Kervern , deux piliers de l'indispensable émission de télévision Groland, reviennent avec un quatrième long métrage toujours dans un parfait esprit d'art brut. Leur cinéma fait du bien car il empreinte les chemins de traverse autant dans son propos, ses personnages que sa mise en scènes. On suit ici, Serge Pilardosse, dit Mammuth, fraichement retraité de son emploi de boucher dans un abattoir. Pour pouvoir toucher sa retraite complète, il a deux solutions: ou il rachète des trimestres, ou il récupère les fiches de paie qui lui manquent auprès de ses anciens employeurs. Sur le conseil de sa femme Catherine, il ressort sa vieille moto Mammuth et prend la route sur les traces de son passé.

Et c'est parti pour un voyage aussi drôle qu'émouvant constellé de rencontres magnifiques. Pour ce faire, les réalisateurs optent pour une mise en scène faites de longs plans qui suivent régulièrement Serge de dos comme si la caméra, et par conséquent le spectateur, accompagnait littéralement leur héros. Il y a par exemple un long plan-séquence fixe dans un restaurant, où Serge se trouve en face d'autres clients, dans une situation qui vire de la plus totale banalité à un humour plus proche de la tendresse que de la gaudriole. C'est la patte des réalisateurs qui réussissent toujours à surprendre par des idées originales comme les flashbacks uniquement sonores, des situations extrêmes toujours désamorcées par leur humour ravageur et unique, et une galerie de personnages hauts en couleur, ayant tous une importance capitale dans ce retour vers le passé.

Mammuth c'est Gérard Depardieu dans toute sa splendeur. On le sent ici fortement impliqué dans le film et non en train de cachetonner comme il a pu le faire. Il est brut de décoffrage et offre à ses deux réalisateurs des scènes mémorables comme celle du cousin, dans lesquelles il se donne corps et âme sans se soucier de son apparence, mais sans jamais franchir la limite de l'impudeur. D'ailleurs Miss Ming le dit très joliment en voix off à la fin du film, il nous donne à voir l'intégralité de sa personnalité avec ce qu'il y a de plus beau en elle, ses impuretés.

Sa femme est incarnée par la toujours géniale Yolande Moreau à qui les auteurs ont réservé les répliques les plus drôles comme dans la scène de la poissonnerie ou ces deux perles: "Je suis à deux doigts de passer de l'homéopathie aux antidépresseurs." et "La vie est merdique, mais quand même, il faut faire avec."

Déjà présente dans Avida et Louise-Michel des mêmes Delépine et Kervern, Miss Ming obtient ici un rôle plus conséquent et l'on découvre une personnalité hors du commun et une actrice à fleur de peau qui donne au film sa touche surréaliste, très proche de l'art brut.

Enfin, Isabelle Adjani apparaît à plusieurs reprises dans un rôle primordiale pour comprendre la personnalité de Serge. Les réalisateurs la filment à la fois belle et meurtrie.

Il faut noter encore la présence de Benoît Poelvoorde en chercheur de métaux arrogant, de Bouli Lanners en recruteur libidineux, de Philippe Nahon en vieux croulant radotant, ou de Siné en vieux con patenté. On ne saurait trop vous conseiller ce film qui jongle à merveille entre l'humour, le social, la poésie et le surréalisme, car c'est une œuvre authentique et cela se fait de plus en plus rare sur nos écrans. En plus, on y apprend une nouvelle façon originale de jouer au golf la nuit.

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