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Buried

 
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 Le Méliès d'or 2010 du meilleur film fantastique européen mérite amplement sa récompense, car contrairement à son prédécesseur, le très discutable Martyrs, ce film ne lorgne pas sur la vague facile de l'œuvre choquante gratuite. Il allie avec une intelligence remarquable, suspense, politique et social, et ce au travers d'un concept audacieux maîtrisé de la première à la dernière image.

 Après un très beau générique graphique qui emporte le spectateur sous terre, on passe une heure et demie dans une caisse en bois avec Paul Conroy, un camionneur américain travaillant en Irak qui se retrouve enterré vivant après une embuscade, avec pour seul moyen de communication un téléphone portable.

 Avec Buried, on obtient la parfaite réussite où le fond répond sans cesse à la forme et vice et versa. La source d'éclairage du film provient, au début, du briquet à essence de Paul et de l'écran du téléphone portable que lui ont laissé ses ravisseurs, puis d'une lampe torche et de quelques lumières de détresse de couleur verte qu'il trouve au fond de son cercueil. Ici, contrairement à un grand nombre de productions actuelles qui utilisent gratuitement et à tire-larigot les nouvelles technologies comme un gadget, le scénario inclut cette forme de communication comme un personnage à part entière sans que l'on ne se lasse jamais de sa présence. Comme Paul, on attend impatiemment que le portable sonne entre les moments de solitude extrême. L'empathie avec le personnage est complète et l'on suit vraiment avec lui l'évolution de sa situation.

 C'est à travers les nombreuses conversations entre Paul et son employeur, son gouvernement ou ses kidnappeurs que l'intrigue évolue brillamment, maintenant sans cesse un suspense à la limite du supportable, avec sont lot admirablement dosé de vrais et de faux espoirs. Le réalisateur espagnol Rodrigo Cortés, dont Buried est le deuxième long métrage, parvient même à un tour de force incroyable en introduisant à un moment donné un intrus tout à fait crédible dans le tombeau, ce qui lui permet d'orchestrer une véritable scène d'action dans cet espace tellement confiné.

 Seul être humain visible à l'écran, Ryan Reynolds nous offre une performance exceptionnelle grâce à un personnage magistralement écrit qui ira tout au long du film de déconvenue en déconvenue, parvenant même à faire encore preuve d'humour à certains instants, malgré sa situation pour le moins inextricablement désespérée.  Buried est une ouvre remarquable qui ne se contente pas uniquement de s'appuyer sur un concept fort qui fait réagir physiquement le corps de celui qui le voit à de nombreuses reprises, mais donne à réfléchir sur la condition humaine face à la machine économique devenue, elle, complètement inhumaine. On ressort du film à la fois bouleversé, révolté et plein de questions qui se bousculent dans la tête.

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