Critique

Agora

 
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Alejandro Amenabar s'attaque au péplum en réalisant un chef-d'œuvre d'une force admirable. Il base son histoire au IVème siècle après J.-C. à Alexandrie en Egypte, au moment où les Chrétiens commence à imposer leur loi au monde. On suit la philosophe Hypatia qui s'interroge avec ses élèves sur le cosmos et la place qu'occupe la terre en son sein. Loin de toute conviction religieuse quelle qu'elle soit, elle exerce un vrai travail scientifique d'astronome. Mais dehors, les Chrétiens grondent avec l'arrogance qui leur est propre et finissent, sous le consentement passif d'une Rome fantôme en perdition, par envahir la fameuse et célèbre librairie de la ville et brûler tout le savoir qu'elle emmagasinait jusqu'alors. Hypatia se trouve entre deux hommes épris d'elles, deux anciens élèves, Oreste qui se convertit et devient préfet de la cité s'évertuant tant bien que mal à protégée son aimée et Davius, un ancien esclave ralliant le camp des intégristes chrétiens, tiraillé entre son amour et sa foie aveugle. Mais tous deux ne font plus le poids face à l'autorité suprême incarnée par Cyrille, un haut prélat qui réussit à soumettre les femmes en les obligeant à devenir muettes.

Amenabar signe une ouvre somptueuse qui décortique la lutte empirique entre la raison et la croyance. Il nous montre comment la religion finit toujours par assouvir ceux qui se font prendre dans les mailles de son filet. Sa mise en scène magnifique suit la thématique des théories naissantes sur le cosmos en jouant sur le cercle et tous ses dérivés. On a droit à des plans aériens en plongée sur la ville de toute beauté comme dans la scène de mise à sac de la librairie.

Seule femme au milieu des hommes, Rachel Weitz réalise une de ses meilleures performances. Son Hypatia fait preuve d'une détermination à toute épreuve et force l'admiration par son courage qui peut paraître désespéré, mais sonne tellement juste.

Le reste du casting n'est pas en reste, la reconstitution de Guy Dyas est flamboyante et intelligemment secondée par des effets spéciaux extraordinaires, les costumes de Gabriella Pescucci sont irréprochables et la musique de Dario Marianelli est une merveille.

Encore une fois, le réalisateur espagnol fait preuve de toute l'étendue de son talent. Il maîtrise parfaitement son sujet dans un genre nouveau pour lui, montrant par là sa déconcertante aisance quelle que soit l'enveloppe qu'il choisit.

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