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Le Vilain

 
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Albert Dupontel a fait une entrée fracassante dans le paysage audio-visuel français en lâchant une bombe atomique, Bernie, qui était le film d'un homme éprouvant une saine colère transcendée sur le grand écran par un humour noir, irrévérencieux, mais qui allait au de-là de la comédie potache vulgaire. Plus tard, il s'interroge avec brio sur les affres de la création artistique avec le très bien nommé Le Créateur. Et dans Enfermé dehors, il naviguait tant bien que mal entre l'humour débridé et l'émotion à travers une mise en scène proche des films d'animation de Tex Avery plus ou moins aboutie. Il y a du cinéma de Terry Gilliam dans celui d'Albert Dupontel, cette folie visuelle propre aux grands visionnaires et cette tendresse infinie pour les personnages créés.

Avec Le Vilain, Dupontel nous convie à un jeu de massacre entre une mère âgée et son truand de fils. Passé une introduction présentant les deux protagonistes principaux séparément, le réalisateur organise très rapidement leurs retrouvailles après vingt ans d'absence. Le fils se fait passer pour un installateur de guichet automatique de banque, mais sa mère découvre très vite qu'il ment et qu'il n'est revenu vers elle que pour se planquer. Elle décide de le remettre sur le droit chemin, en étant persuadée que c'est à cause de sa progéniture que l'être suprême la maintient sur terre, en lui évitant toute atteinte à son intégrité physique, mais son fils ne l'entend pas de la même oreille. La partie de je t'aime moi non plus peut alors commencer.

Dupontel opte pour une mise en scène ludique où la caméra participe activement à l'action en suivant par exemple l'inclinaison de la rampe d'escalier dans un traveling latéral des plus astucieux ou en la dévalant à toute vitesse dans un plan impressionnant qui finit sur le visage de la mère. Il utilise à merveille l'espace restreint des deux étages de la maison en transformant son décor en terrain de jeu. Et il y a les personnages secondaires, tous plus savoureux les uns que les autres comme cet ancien inspecteur incarné par Bernard Farcy, le commissaire de la série Taxi, ce vieux médecin qui reprend du service pour soigner les nombreuses blessures par balles qui émaillent le film, sous les traits d'un Nicolas Marié en très grande forme comme à son habitude, ce promoteur immobilier véreux joué par le toujours impeccable Bouli Laners, ou encore ce peintre loufoque qui à les traits de l'ex Deschiens Philippe Duquesne.

Et comme dans ces trois précédentes réalisations, le réalisateur tient lui même le rôle principal masculin et il s'en donne à cœur joie. Ce vilain est une merveille de folie brute qui doit se battre non seulement contre sa mère mais doit aussi affronter la vengeance d'une tortue qu'il prenait un malin plaisir à tourmenter quand il était jeune. Le paroxysme de son interprétation intervient lors de la séquence où il se déguise en attardé pour tromper ses ennemis. On en redemande. Et il y a bien sûr Catherine Frot qui, sous un maquillage irréprochable, incarne la vieille dame de l'histoire. Elle est juste merveilleuse et réussit parfaitement à endosser l'âge de son personnage avec sa bosse dans le dos, sa manière de se déplacer et de parler. Elle réalise là une performance remarquable à tous points de vue. Et le duo de ces deux comédiens, que l'on sent passionnés, par leur métier explose à l'écran dans une suite de confrontations toutes plus délirantes les unes que les autres.

Le Vilain est une comédie jouissive qui, sans être un chef-d'œuvre, nous offre un très bon moment de cinéma dans le plus noble sens du terme.

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