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Festival de Locarno 2021

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LOCARNO 2021

Beckett de Ferdinando Cito Filomarino
Un jeune couple américain en vacances en Grèce subit un accident de voiture. April meurt sur le coup. Son copain Beckett cherche du secours mais la police locale n’est pas très coopérante. Persuadé d’avoir vu un jeune garçon et une femme sur les lieux du drame, Beckett retourne à la maison que sa voiture a emboutie, la veille.

Il est accueilli par des coups de feu dont la balle de l’un d’entre eux lui traverse l’épaule gauche. Il pense que seule l’ambassade des Etats-Unis dont il est citoyen peut l’aider. Blessé, il doit traverser tout le pays pour rejoindre Athènes qui vit au rythme des manifestations contre le mouvement d’extrême droite, Aube dorée.

Le 74e Festival du Film de Locarno ouvre les festivités de sa section Piazza Grande avec un film d’action très bien torché mettant en vedette John David Washington et Alicia Vikander. Deuxième film de Ferdinando Cito Filomarino après Antonia en 2015, Beckett aborde habilement des sujets graves sous ces airs de thriller et de chasse à l’homme. De simple touriste en vacances romantiques , Beckett devient l’homme à abattre dans un contexte politique qui le dépasse. Bénéficiant d’une très bonne partition signée Ryuichi Sakamoto et d’un rythme remarquable, Beckett et la première belle surprise d’un Festival qui s’annonce riche.

Al naher (The River) de Ghassan Salhab
Un homme et une femme se retrouvent seuls au monde dans un paysage désertique libanais. Premier film de la compétition locarnoise, Al naher est une expérience sensorielle et sensuelle qui peut laisser dubitatif. D’un rythme très lent, ce film prend son temps pour essayer de faire accepter les velléités philosophiques du couple sur l’écran aux spectateurs. Ce n’est pas gagné car l’aspect hermétique, le peu d’empathie engendrée par les personnages et le manque d’information sur l’histoire et la culture du Liban, péjorent le côté universel auquel on devrait pouvoir s’attacher la moindre pour ressentir pleinement la vision du réalisateur.

Rose d'Aurélie Saada
A très peu de temps d’intervalle Rose célèbre l’anniversaire et les obsèques de son mari. Cette perte va l’entraîner dans une quête de liberté à la surprise de ses trois enfants adultes qui découvrent une nouvelle personne.

Rose s’attarde avec humour et tendresse aux relations aux sein d’une famille. Ce long métrage évoque combien il peut y avoir de différences entre les membres d’une famille, même si tout le monde croit connaître chacun à force de se fréquenter. Là, c’est une femme presqu’octogénaire et veuve qui sert de révélateur. Elle est admirablement incarnée par une Françoise Fabian vive, drôle, déterminée. Elle bénéficie de magnifiques séquences, comme celle du dîner mondain, qu’elle partage avec l’excellente Aure Atika. L’expression de cette dernière quand elle voit Françoise Fabian faire commettre à Rose l’impensable, vaut le détour.

Nebesa de Srđan Dragojević
Basé sur des histoires de Marcel Aymé, Nebesa voit un homme bon affublé d’une auréole un beau matin. Avec sa femme et sa fille il cherche à l’éliminer physiquement mais rien n’y fait. Alors, lui qui n’a jamais péché, se voit contraint à essayer de commettre des fautes. Mais là encore, les résultats ne sont pas fameux et l’auréole persiste à couronner sa tête. Rempli de moments très drôles par leur aspect caustique, ce film égratigne la foi de manière très juste quand elle devient le seul moteur d’une existence. Le côté brut du film doit beaucoup à ses acteurs costauds qui enchaînent des scènes reposant sur la synergie de leurs corps massifs. Le dernier plan post générique est très éloquent.

Petite Solange d'Axelle Ropert
Solange vit très mal le divorce de ses parents parce qu’elle refuse d’être mise devant le fait accompli et de n’avoir que le choix de l’accepter. Film sensible et très bien interprété par Léa Drucker, Philippe Katerine et la toute jeune Jade Springer dont c’est le premier rôle, Petite Solange possède une âme personnelle qui force la sympathie.

She Will de Charlotte Colbert 
Présenté hors compétition, le premier film de Charlotte Colbert est un film d’horreur gothique dans lequel une vieille dame acariâtre accompagnée d’une aide soignante veut être seule au fin fond de l’Ecosse. Mais quand elle arrive au manoir qu’elle a réservé, c’est la fête. Cette ancienne comédienne, connue pour avoir joué enfant dans un film nommé Navajo Frontiers, n’a qu’une idée en tête: empêcher à tout prix que le réalisateur fasse le remake de ce film qui fut un traumatisme pour elle. She Will tente maladroitement et assez vainement d’utiliser le fantastique pour évoquer l’abus sur enfant. Sur une musique très reconnaissable de Clint Mansell, ce long métrage pèche par une trop grande prétention artistique au détriment d’un scénario plus travaillé.

Hinterland de Stefan Ruzowitzky
Ce film autrichien se passe au lendemain de la Première Guerre mondiale quand Bauer et quelques uns de ses camarades reviennent à Vienne après avoir été prisonniers des Russes. Dès leur arrivée, l’un d’entre eux et retrouvé sauvagement assassiné, puis un autre, puis un troisième. Bauer reprend son rôle de profiler qu’il tenait avant la guerre et même l’enquête, secondé par Theresa Körner, médecin légiste.

Se voulant un hommage à l’expressionnisme allemand des débuts du cinéma, Hinterland se déroule dans un univers où les décors sont volontairement désaxés, distordus. Ce parti pris fait entièrement partie de la proposition de cinéma que fait Stefan Ruzowitzky: raconter une histoire policière assez classique avec son pesant de rebondissements et de cadavres peut ragoûtants dans un univers totalement imaginaire. Ca tient bien la route, autant sur la forme que sur le fond, sans que l’un des deux aspects ne cherche à voler la vedette à l’autre.

Sing-keu-hol de Kim Ji-hoon
Tout heureux d’emménager dans leur nouvelle appartement, un couple et leur jeune garçon doivent vite déchanter quand leur immeuble se fait avaler par un trou dans le sol. Film catastrophe par excellence, Sing-keu-hol suit les efforts des survivants pour regagner la surface malgré une pluie torrentielle et des pompiers complètement dépassés par le phénomène. C’est bien fait, les moments de tension ne manquent pas, l’inévitable hystérie asiatique dans ce genre de produit reste discrète et on passe un bon moment qui sera sans doute plus difficile a transformé en souvenir mémorable.

Soul of a Beast de Lorenz Merz
Film suisse en compétition à Locarno, Soul of a Beast suit les traces de Gabriel, un jeune père célibataire qui s’occupe tout seul de son jeune fils au moment où il tombe sous le charme d’une belle inconnue mystérieuse. Mais elle n’est pas tout à fait libre. Fable qui se veut existentielle et pas mal dans le sens ennuyant du terme, ce long métrage cumule des fautes de goût malheureusement à la mode et oublie de donner une personnalité à ses personnages monolithiques et inintéressants au possible, si bien que l’on se désintéresse assez vite et totalement des mésaventures de ce pauvre Gabriel.

Mis hermanos sueñan despiertos de Claudia Huaiquimilla
Film de prison chilien, le long métrage de Claudia Huaiquimilla accompagne les frères Angel et Franco qui purgent une année de détention dans un établissement pour délinquants mineurs au milieu de la jungle. A l’arrivée d’un nouveau, l’envie d’évasion se fait de plus en plus forte. Magnifiquement interprété et bénéficiant d’une mise en scène hyper réaliste, Mis hermanos sueñan despiertos touche juste par sa peinture du milieu carcéral et son ambiance de huis-clos étouffant. Après le dernier quart du film, on sort de la salle secoué de savoir que ce film ce base sur un fait réel.

Niemand ist bei den Kälbern de Sabrina Sarabi
Christin et Jan vivent dans la ferme des parents de Jan dans le but de la reprendre après eux. Jan a énormément de travail et Christin se sent délaissée et s’ennuie. Alors quand un technicien vient dans les parages pour son travail, Christin essaie de briser sa monotonie. Filmer et évoquer l’ennui est un art particulièrement délicat, certains y parviennent très bien et d’autres s’y vautrent. Par un tour de force qui implique autant l’interprétation, la mise en scène et l’étude de caractère dans un milieu bien défini, Sabrina Sarabi réussi son pari et signe un film qui atteint son but parfois malgré lui.

Monte Verità de Stefan Jäger
Corsetée dans sa bourgeoisie et harassée par la sexualité de son mari, Hanna Leitner suit son thérapeute Otto Gross à Monte Verità au Tessin où elle découvre l’émancipation dans son sens très large et la photographie, en pleine Première Guerre mondiale. Film archi classique dans sa forme, Monte Verità ne parvient jamais vraiment à convaincre. On ne sent pas l’évolution du personnage de Hanna et on peine à s’impliquer dans ce petit monde de hippies avant l’heure. Incarnant l’écrivain Hermann Hesse, Joel Basman tire son épingle du jeu en bénéficiant de répliques souvent drôles.