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Un été adolescent

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Un été adolescent

En deux semaines, le cinéma français nous propose trois films sur le thème de l’adolescence allant de la comédie potache à une passion romanesque en passant par une guerre entre une mère et sa fille. C’est l’occasion rêvée de faire un point sur cet âge qualifié d’ingrat et trop souvent sacralisé dans l’art et la société qui l’engendre. Commençons par le moins bon pour finir par le meilleur.

Le sexe contractualisé

Dans T’as pécho?, son premier long métrage, Adeline Picault, se focalise sur l’importance du paraître dans l’univers de l’adolescence, à travers une comédie principalement destinée à la jeunesse urbaine actuelle. Les limites de l’intérêt sont vite atteintes.

Pour assister à la fameuse fête de la reine du lycée, sorte de stéréotype de la fille bourgeoise par excellence, il faut avoir déjà pécho, à savoir être sorti avec quelqu’un. N’ayant comme seul expérience dans le domaine pour l’instant d’avoir touché les seins habillés de l’hôtesse dans un contexte ludique de pari idiot et se faisant appeler depuis lors nichonneur par tout le lycée, Arthur propose à Ouassima qu’elle donne des cours de drague à lui et à trois de ses camarades. Cette dernière accepte contre paiement.

Le film va donc essayer par le truchement de la comédie de faire une sorte d’état des lieux de l’obsession des jeunes pour la sexualité qui serait selon eux un passeport pour l’âge adulte. Malgré une interprétation convaincante, il peine très vite à susciter le moindre intérêt pour cette bande de bras cassés, certes sympathiques mais trop caricaturaux. La faute incombe surtout au manque flagrant de point de vue externe à la vie du lycée par une peinture grossière des adultes qui ne font que représenter la hantise des adolescents à leur ressembler un jour ou l’autre. Au final, on assiste à une très gentille comédie sans grande envergure ni saveur pertinente.

FICHE FILM

Mère contre fille

Avec son deuxième long métrage après Faut pas lui dire, Solange Cicurel signe Adorables une comédie réjouissante qui désacralise l’adolescence reine trop souvent déifiée dans l’art, le divertissement et les sociétés actuels. Le jeu de massacre n’en est que plus jouissif.

Tombée amoureuse d’un camarade de son lycée, Lila veut absolument assister à une soirée en boîte à laquelle il participe mais sa mère Emma s’y oppose strictement. Commence alors un affrontement sans pitié entre une adolescente bonne élève et une psychologue décidé à ne pas céder malgré son passé, la permissivité passive de son ex-mari et père de Lila et sa profession qui doit donner d’elle une image irréprochable. C’est le combat de l’intransigeance d’une mère qui a des principes contre la futilité d’une jeune-fille qui croit mieux connaître la vie que sa génitrice. Lila abuse de menaces et de chantages en tout genre («C’est ma vie que tu gâches en me refusant cette sortie!») auxquels Emma répond par des coups d’éclat brutaux comme de lui envoyer une photo de son doudou décapité. Dès lors, tous les forfaits son permis et chacune campe sur ses positions jusqu’à l’escalade finale et le triomphe de l’une des deux obtenu par un énorme mensonge.

Les dialogues sont savoureux comme celui où Emma rétorque à sa fille qui l’accuse de la détester: «Non, je t’éduque!» Les deux protagonistes font montre d’une grande créativité pour ne jamais perdre du terrain face à l’adversaire. Dans le rôle de Lila, Ioni Matos campe la prétention et la mauvaise foi de manière très convaincante. Elsa Zylberstein offre à Emma une méchanceté et une perfidie comme dernier recours face aux caprices insupportables de l’adolescence. Avec son film, Solange Cicurel remet à sa place ce petit monde de la jeunesse qu’il faudrait impérativement prendre avec des pincettes comme le préconise trop souvent une certaines presse 

auto-proclamée féministe ou des médias inféodés à la manne commerciale de cet âge qualifié un peu rapidement d’ingrat.

FICHE FILM

Une promesse est une promesse

Après son magnifique et indispensable Grâce à Dieu, François Ozon adapte Eté 85, un roman d’Aidan Chambers qui lui tient à coeur depuis longtemps. Dans une reconstitution magnifiquement palpable de la moitié des années 1980, il nous conte une passion tragique sur un ton romanesque remarquable.

Dans une petite station balnéaire de Normandie, Alexis cherche un petit job d’été avant de poursuivre ses études. Alors qu’il est surpris par une petite tempête lors d’une sortie en mer, il es sauvé par David avec qui le courant passe rapidement très bien. David lui propose de l’aider lui et sa mère dans la petite boutique d’article de plage et de pêche qu’ils tiennent sur le bord de mer. Une passion forte et spontanée nait entre les deux jeunes hommes.

Ozon commence son récit par la fin où Alexis est en état d’arrestation pour un forfait qu’il vient de commettre. C’est cette situation qui engendre le récit du pourquoi et du comment Alexis se trouve là, déclarant en voix off que si l’on ne supporte pas les histoires tragiques, celle qui va suivre n’est pas pour nous. Puis on se retrouve sous un soleil radieux au son de In Between Days de The Cure qui clôt aussi le film, histoire de bien marquer l’époque à laquelle Alexis et David se rencontre, s’aiment et se déchirent. Avec une fraîcheur et une candeur infinies, le cinéaste peint par petites touches les prémices d’une relation amoureuse entre deux jeunes gens qui vont se laisser perdre dans une passion implacable. On sent parfaitement que le très beau et ténébreux David provoque chez l’insouciant Alexis une emprise irrésistible. C’est lui qui, après leur première nuit, fait jurer à son amant qu’il respectera une promesse pour le moins surprenante et radicale sous la forme d’un défi, s’il venait à mourir avant lui. Ozon est un directeur d’acteurs exceptionnel et cela se voit magistralement dans le jeu de Félix Lefebvre et Benjamin Voisin qui ont droit à pléthore de scènes marquantes comme celle de la discothèque où David pose des écouteurs sur les oreilles d’Alexis avec Sailing de Rod Stewart pour se régaler de le voir danser en contraste total avec la musique de l’endroit. C’est cette même chanson qu’utilisera plus tard David pour honorer sa promesse. L’utilisation de ce titre à deux reprises ainsi que de celui de The Cure montre de très belle manière que le film fonctionne comme un couple, un duo, qui malgré les aléas de l’existence sera toujours indéfectible. En ajoutant, une Isabelle Nanty impeccable, un Melvil Poupaud d’une grande justesse en professeur de français et une Valeria Bruni Tedeschi en état de grâce, montrant deux visages opposés d’une même personnalité, on obtient un film fort et beau qui méritait largement sa sélection cannoise.

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