Actualité & Articles

Collection ”Lockdown” by Swiss Filmmakers

Rédigé par |

Ce soir de 22h45 à 01h05 RTS 2 diffuse 17 des 33 courts métrages de la Collection ”Lockdown” by Swiss Filmmakers. Ce concept vient de trois producteurs suisses qui ont voulu permettre à 80 cinéastes d'offrir leur vision de la pandémie et du confinement qui l'accompagne. 33 projets mêlant divers genres, du documentaire à l’essai en passant par la fiction, ont été sélectionnés et réalisés avec les moyens du bord. Avec le soutien de l'Office fédéral de la culture et Cinéforom (avec la Loterie Romande et les cantons romands).

Sur le site de la RTS on peut déjà voir 11 de ces visions singulières réalisées dans des conditions exceptionnelles lors d’une situation inédite. Ces oeuvres très personnelles interpellent et laissent à leurs créateurs une parole libre dans une période de non-liberté qu’il restera encore à analyser profondément dans le futur.

Nous en avons choisi 6

Les Pestiférés de Stéphane Goël

Avec ce titre très fort, le réalisateur donne la parole à ses parents. Agés de 85 ans, Lily et Jean-Louis sont confinés dans leur ferme familiale. On apprend avec effroi que cette situation dont ils ne sont pourtant aucunement responsables les a littéralement transformés en pestiférés. En un plan d’une violence rare, Stéphane Goël nous montre très crûment que cette crise a donné naissance à une sorte de haine anti-vieux. Le couple se promène sur une petite route non loin de chez eux quand ils croisent une dame qui leur intime de manière très péremptoire de s’écarter à son passage. Le film leur donne la parole trop peu entendue pendant cette crise qui a par exemple transformé bon nombre des EMS du pays en prisons dans lesquelles les résidents qui paient des sommes astronomiques sont enfermés et même privés d’hospitalisation en cas de contamination. On ne remerciera jamais assez les voix qui se sont courageusement élevées contre ces procédures indignes pourtant massivement pratiquées par des Etats qui se targuent d’être démocratiques et d’agir pour le bien de tous. Avec son film, Stéphane Goël en fait partie et signe l’un des chapitres les plus forts et les plus essentiels de cette collection.

Business as Usual de Daniel Wyss

Les images captent des lieux chers à la consommation devenue maladive dans les sociétés libéralo-capitalistes. Ils sont entièrement désertés. Le son fait entendre la voix d’un des plus beaux exemples des acteurs de cette vision du monde mortifère, un gérant de fortune. Il s’interroge sur les opportunités que pourraient lui apporter la crise liée à la Covid 19. Ce tout petit monsieur étale avec la plus grande obscénité sa croyance dans un système prônant l’égocentrisme le plus haïssable. Daniel Wyss met le doigt sur une plaie universelle qui gangrène l’humanité à cause d’un petit nombre de prétentieux qui, malgré la défaite avérée du système qu’ils béatifient, essaient encore lamentablement de le justifier en commettant des actes comparables aux exactions des troupes nazies en pleine débâcle. Le contraste entre les images et le son est des plus terrifiant.

14 de Léo Maillard

Le cinéaste filme son fils adolescent pendant son confinement. Sans juger, il nous expose le point de vue d’une jeunesse d’aujourd’hui avec toutes les contradictions propres à l’âge que l’on qualifie d’ingrat souvent sans vraie réflexion justifiant ce qualificatif. On a droit aux plaintes qui peuvent paraître bien futiles quand on entend les raisons qui les engendrent, aux conflits familiaux où le protagoniste essaie maladroitement de s’émanciper, aux conversations avec les potes qui sont réduits à une voix et à une image numérique. Quand son père lui demande sa définition de l’amour, il ne parvient pas à trouver les mots, comme désarçonné, dépourvu. On est touché par sa maladresse et on finit par avoir de la sympathie pour lui quand il finit par réciter un très beau texte de Prévert alors qu’il avouait quelques minutes plus tôt détester lire. Léo Maillard lui offre ainsi un moment en apesanteur où il peut être lui-même dans cette période de l’existence qui à un pied encore en enfance et l’autre sur une nouvelle berge totalement inconnue et mystérieuse.

Virula de Frédéric Gonseth et Catherine Azad

Seule fiction des 11 films déjà visibles, Virula se situe dans le futur. Un grand-père vient rendre visite à son petit fils qui est aux soins intensifs. Producteur et cinéaste à l’origine de ce projet hors normes, Frédéric Gonseth, que l’on rencontre plus souvent dans le documentaire, imagine un futur en proie à un virus qui s’attaque surtout aux jeunes. Et contrairement à ce que nous vivons actuellement, ce sont les aînés qui incarnent la force et la survie. La démarche est fort louable et l’inversion entre la Covid 19 et Virula très pertinente, mais le résultat souffre un peu trop d’un sentimentalisme appuyé, manquant de subtilité.

Revoir le printemps - Journal d’un confinement de Germinal Roaux

Comme à son habitude, le cinéaste nous livre un film bénéficiant d’un noir et blanc sublime. Sous la forme d’un journal, on le suit dans son confinement qui lui pèse tellement entre les nouvelles en boucle à la télévision et l’enferment strict, et sa sortie dans la nature qu’il redécouvre. Cet escapade salutaire lui permet en quelque sorte de renaître. Son film devient dès lors une véritable poésie, un hymne à la nature qui profite de cette situation pour s’épanouir pleinement.

Et si le soleil ne revenait pas? de Séverine Cornamusaz

Dans cet essai singulier à la première personne, la cinéaste se glisse astucieusement dans la tête d’un homme en colère et en proie au doute. Le texte co-signé avec Marcel Beaulieu, et parfaitement dit par Olivier Rabourdin, fait à la fois le bilan de la vie d’un homme et révèle son refus de la situation dans laquelle il se trouve plongé. Filmé de nuit et éclairé par une sorte de lampe de poche pointant ce que ressent l’homme, ce film respire la colère, la rage. Et cela fait du bien, car ce sentiment trop souvent décrié par la bienséance robotique de notre époque à la fois aseptisée et permissive à outrance, se révèle souvent salutaire et sert à ouvrir des portes qui auraient préféré rester closes. Séverine Cornamusaz capte admirablement une réaction saine face à un fléau: la révolte, la vraie qui devient malheureusement rare car assujettie, comme beaucoup de choses, à une bien-pensance extrême qui n’a pas grand chose à envier au fascisme le plus retors.

LIENS VERS LE SITE DE LA RTS

CONCOURS Gagnez 2 places et des goodies

Participer