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Locarno 2019: Compétition internationale

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Trois films géographiquement aux antipodes

Au 72e Festival de Locarno, on voyage en découvrant des films récents venant de régions différentes et, en moins de deux jours, on peut passer de L’Islande au Japon avec une escale en France.

Avec son troisième long métrage, Bergmál (Echo), Rúnar Rúnarsson  un peu à l’instar de Roy Andersson, pratique une radiographie de son pays tant documentaire qu’artistique. Il nous propose cinquante-six tableaux qu’il situe, dans le temps, entre l’Avent et Nouvel An. On y voit une famille choisir un sapin de Noël, une maison qui brûle, des employés d’un super marché se débarrasser des invendus, un cours d’aquagym, un apéritif dans un garage, un conte de Noël joué par des enfants, les méfaits de «Me too» dans une scène, à la fois drôle et tragique, ou des feux d’artifice à profusion. Le cinéaste montre aussi bien des moments purement sociaux que des instants de solitude. Il réussit à nous faire un portrait de son pays à la fois tendre et cruel et, en tout cas, sans fioriture. Il interpelle régulièrement mais distille aussi un humour tout à fait nordique comme une discussion téléphonique où un père de famille doit justifier quasi honteusement le fait qu’il n’aime pas la viande de baleine. On se laisse porter par notre guide et on découvre un univers tout à fait particulier qui parvient à nous provoquer une indicible attraction, comme un écho.

Après deux documentaires (Bleu pétrole et Casse), Nadège Trebal vient à Locarno avec son premier film de fiction, Douze mille. Le titre évoque les 12’000 € que Franck promet à Maroussia afin d’être à égalité quant à leur fortune. Il part pour une mission de nettoyage de cuve, mais le jour de son arrivée, on lui annonce tout de go qu’il a été décommandé. Décidé à honorer sa promesse, il commence un petit trafic de cigarettes, fait un petit show de mime et de danse pour les ouvriers de l’entreprise qui vient de le virer sans ménagement et grâce auquel on lui jette des pièces, en tout cas, au début. En parallèle, on suit Maroussia dans son quotidien. Autant Franck est sociable, très, trop, autant Maroussia paraît plus froide, distante. Mais, et Nadège Trebal insiste un peu trop lourdement sur cet aspect, le sexe est ce que l’on peut appeler le ciment de ce couple. Et elle nous fait bien comprendre que Franck pourrait bien la tromper car il est parfois trop ouvert. Donc d’un côté, une femme qui joue, un peu forcé, le doute sur la fidélité de son mari, et de l’autre un homme déconnecté qui est farouchement décidé à respecter sa promesse.

Puis, il y a les retrouvailles et là, Nadège Trebal charge Maroussia de principes très strictes et finit par en faire un exemple de droiture. On passe clairement le meilleur de son long métrage dans les scènes de Franck, solidement interprété par un Arieh Worthalter débordant d’humanisme.

Enfin, au Japon, Koji Fukada nous propose de partager l’existence d’une infirmière à domicile, Ichiko, et de la famille dont elle s’occupe, composée essentiellement de femmes: la patiente, sa fille et deux petites-filles. On sent ses cinq femmes de Yokogao très proches, mais un événement vient boulversé cette apparente harmonie. La fille cadette de la famille disparaît et, très vite, on soupçonne le neveu d’Ichigo d’en être le responsable. L’affaire est médiatisée et les personnalités vont se révéler. Par touches subtiles, le cinéaste procède à une brillante étude de moeurs. Toute vérité est-elle bonne à dire? Doit-on tout exposer? Certains secrets ne feraient-ils pas mieux de le rester? Kenji Fukada utilise ces questionnements comme ressorts dramatiques. Le spectateur se retrouve dans une position très intéressante car il ne peut pas prendre parti. Du coup, il suit assidûment l’affaire et les faits et gestes des protagonistes qui en sont à l’origine et l’alimentent. C’est passionnant. Les zones d’ombre prennent de plus en plus d’importance. Le réalisateur se montre comme un remarquable directeur d’acteurs et ses comédiennes le lui rendent au centuple, formant un quintette virtuose. Si on ajoute à tout ça, le fait que le film joue astucieusement sur un faux suspense pour mieux cerner Ichiko et sa personnalité évolutive, on obtient un film à la fois magnifique et très fort dans son traitement.

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