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Locarno 2019 Piazza Grande

Locarno 2019: soirée pré-festival

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Canicule sous trombes d’eau

Parfois les éléments semblent se concerter entre eux pour qu’un événement reste mémorable. Le ciel a concrétisé la douche froide que l’on ressent en voyant DoThe Right Thing de Spike Lee, et encore plus glaciale, trente ans après sa création.

Hier soir avait lieu la traditionnelle soirée gratuite d’avant-festival. Les braves qui ont essuyé deux averses: une avant et une deuxième, beaucoup plus violente, pendant la projection de la Piazza Grande. Et c’est au son de Fight the Power de Public Enemy que débute la projection de la copie restaurée en 4 K de Do the Right Thing de Spike Lee qui entre dans la catégorie Black Light de cette 72e édition.

Comme l’a si bien exposé Lili Hinstin dans sa présentation, ce long métrage a beau fêter son 30e anniversaire, il reste d’une actualité brûlante, voire même futuriste si on continue dans cette direction. Le cinéaste, qui interprète aussi un des rôles principaux, conte comment une série de petits détails, pouvant paraître anodins de prime à bord, finissent par enflammer un quartier new-yorkais et ces différentes communautés.

Par touches humanistes et souvent drôles, Spike Lee dépeint une galerie de personnages bien définis avec qui le spectateur partage deux ou trois jours, lors d’une canicule particulièrement intense. Tout se passe au tour d’une pizzeria familiale tenue par un père et ses deux fils issus de la communauté italo-américiane et implantée là depuis plusieurs décennies. La clientèle de l’établissement est essentiellement afro-américiane. Tout dérape quand l’un des clients demande au patron pourquoi il n’y a pas de photos de noirs au mur, à côté de Pacino, De Niro, etc. Cette remarque va faire ressortir un racisme sous-jacent, et ce dans les deux sens. Tout le monde va attiser le feu naissant: qui par maladresse, qui par fierté déplacée, qui par susceptibilité, ou qui par attrait du pouvoir.

Spike Lee ne condamne pas ses personnages, il les mets sur un pied d’égalité et chacun d’entre eux aura quelque chose à se reprocher une fois la tempête passée. Grâce à une mise en scène conçue un peu comme un boléro où les actes de chacun des protagonistes viennent gonfler l’orchestre jusqu’à l’explosion, le cinéaste maîtrise parfaitement la montée chromatique et exponentielle des fait qu’il relate avec une certaine crudité.

Quand on revoit un film comme celui-ci à trente ans d’intervalle et que l’on constate que peu de choses ont changé, on se dit que, parfois, on ferait bien de faire très attention à ce que nous exposent les artistes dans leurs oeuvres, afin qu’elles ne deviennent pas systématiquement visionnaires. Le titre du film déjà fait office de conseil ou d’avertissement.