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Mostra de Venise 2018: Souvenirs festivaliers – Presse italienne

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Pour fêter la 75e édition du festival, nous avons récolté les souvenirs des professionnels accrédités. Voici la première partie, consacrée aux journalistes italiens.

Antonio Abate, Cineblog.it (première Mostra: 2012)

« Mon souvenir est essentiellement lié au même moment, chaque année. Quand je prends le bateau pour arriver à la gare de Venise je suis partagé entre plusieurs émotions: la satisfaction d’avoir vécu jusqu’au bout une autre Mostra, un peu de mélancolie, et le plaisir de rentrer à la maison, pour revenir à la vie ordinaire après douze jours d’apnée festivalière. Dès ma première édition, le jour après la remise des prix est mon Nouvel An. »

 

Marco Albanese, Stanze di cinema (première Mostra: 1993)

« Mon plus beau souvenir date de 2004. C’était l’année où Cannes avait été boudé par les Américains, et les stars avaient envahi le Lido. Michael Mann était sur place avec Collateral, hors compétition. En tant que simple spectateur à l’époque, j’avais acheté un billet, plutôt cher, pour la séance officielle. J’étais assis à côté de Dante Ferretti et Francesca Lo Schiavo. À la fin de la projection, Tom Cruise est allé vers eux pour leur serrer la main. J’eus la mauvaise idée de lui offrir la mienne aussi… »

 

Federico Boni, Cineblog.it (première Mostra: 2014)

« J’ai un très bon souvenir de la projection presse de La La Land, le film d’ouverture en 2016. En sortant de la salle, j’étais content d’avoir vu une œuvre qui avait déjà sa place dans l’histoire du cinéma. Je n’avais jamais vu autant de journalistes si émus et satisfaits, ils chantaient et dansaient dans la rue. »

 

Alberto Crespi, Radio 3 – Hollywood Party (première Mostra: 1988)

« Ma première Mostra eut lieu en 1988, l’année de La dernière tentation du Christ de Martin Scorsese. En tant que chroniquer, je devais m’occuper de questions théologiques, plutôt que de cinéma. Toutes les organisations catholiques du monde voulaient faire retirer le film, et une organisation vénitienne fit une Via Crucis en ville, à Piazza San Marco. Avec 200 confrères, j’ai suivi la manifestation: 20-30 personnes qui priaient pour les âmes de Scorsese et Willem Dafoe. Je crois qu’ils n’ont jamais vu le film. » 

 

Valentina D’Amico, Movieplayer.it (première Mostra: 2004)

« On n’oublie pas le premier festival : en 2004, sans les mesures de sécurité qui existent maintenant, on pouvait faire des rencontres extraordinaires. J’ai diné avec Peter Greenaway, regardé plusieurs films de série B avec Joe Dante et embrassé Johnny Depp. Une très grande émotion! »

Donato D’Elia, Loudvision.it (première Mostra: 2013)

« Je vais réunir en une seule réflexion le premier et le dernier film vus à Venise pour l’instant. J’ai commencé, en 2013, avec la version restaurée de Sorcerer de William Friedkin, et je viens de voir le nouveau montage de The Tree of Life de Terrence Malick. Deux projets fous, complexes, auxquels on a donné une nouvelle vie. Vive le cinéma, et vive la Mostra! »

 

Beatrice Fiorentino, Il Piccolo (première Mostra: 1995)

« 1995, ma première Mostra, sous la direction de Gillo Pontecorvo. Mon amie Chiara, aujourd’hui productrice, et moi-même dormions dans un camping, assez loin de la zone de la Mostra. Un matin on a pris le bus en retard. Nous avions beau courir, le film avait déjà commencé. On nous a gentiment permis d’entrer quand même au PalaGalileo [ancien nom de la Sala Darsena, n.d.l.r.] et, dans le noir, j’ai été frappée par le magnifique plan-séquence d’ouverture de Strange Days de Kathryn Bigelow. »

 

Andrea Giordano, La Provincia di Como (première Mostra: 1998)

« En 1998 le film d’ouverture fut Il faut sauver le soldat Ryan de Steven Spielberg. A l’époque les invités les plus importants passaient par la piscine de l’hôtel Excelsior pour accéder au Palazzo del Cinema. Juste avant la première mondiale j’ai réussi à croiser toute l’équipe du film, que j’avais déjà vu en séance de presse, et j’ai pu parler deux minutes avec Spielberg. Je lui ai demandé un autographe et il a dit oui, même si les gardes du corps l’attendaient et il était en retard. »

 

Giuseppe Grossi, Movieplayer.it (première Mostra: 2016)

« En 2016 mon regard a croisé, très brièvement, celui de Natalie Portman. C’était la conférence de presse de Jackie, j’étais au deuxième rang, en admirant avec un air un peu bête une grande actrice avec un visage d’ange, dont j’ai toujours été amoureux. Ça vous paraît ridicule? Regardez Natalie Portman dans les yeux, et on en reparlera après. »

 

Andrea Guglielmino, Cinecittà News (première Mostra: 2007)

« Mes beaux souvenirs liés à la Mostra sont quasiment tous personnels: les amis et les gens que je fréquente pendant deux semaines, plutôt que les stars ou un film particulier. Mais je dois avouer que j’ai beaucoup aimé rencontrer Guillermo del Toro l’année passée. Un échange très court, mais ça m’a laissé une excellente impression. »

 

Chiara Guida, Cinefilos.it (première Mostra: 2013)

« Premier festival, premier jour, premier film: Gravity. Ce que je trouve amusant, c’est que pendant la Mostra on est tous un peu comme le personnage de Sandra Bullock: nous luttons pour survivre à toutes les calamités, surtout le climat du Lido, et à la fin on a hâte de revenir sur Terre. C’est fatigant, mais aussi une très belle émotion. »

 

Luca Liguori, Movieplayer.it (première Mostra: 2007)

« Ma première pensée, c’est La La Land, car c’est mon souvenir le plus frais, et le plus vif. Il n’arrive pas souvent de voir un film avec lequel il y a une entente spéciale dès le premier plan, et quand c’est la première séance d’une édition mémorable, c’est vraiment exceptionnel. Je me souviens encore des applaudissements à la fin du premier plan-séquence, des larmes sur les visages des personnes assises à côté de moi, des discussions à l’issue de la séance. Un film que je reverrai et aimerai toujours, car grâce à des cinéastes comme Damien Chazelle, c’est toujours another day of sun. »

Luigi Locatelli, Nuovo Cinema Locatelli (première Mostra: 2011)

« Je me souviens de la conférence de presse de The Master, en 2012. Le film, un chef-d’œuvre, n’avait pas été très bien accueilli lors de la séance de presse. Du coup, Paul Thomas Anderson était un peu froid, tandis que Joaquin Phoenix avait l’air de ne pas vouloir être là: il ne parla pas, s’absenta pendant quelques minutes, revint avec un air fâché, et disparut de nouveau. Le seul qui accepta toutes les questions, même les plus mauvaises, fut Philip Seymour Hoffman. Gentil, patient, poli. C’est aussi pour ça qu’il nous manque. »

 

Stefano Lo Verme, Movieplayer.it (première Mostra: 2013)

« J’ai beaucoup de souvenirs très agréables liés aux nombreux films vus à Venise. Un en particulier: La La Land, du plan séquence initial à cette fin qui est une des plus belles et bouleversantes des dernières années. L’avant-première vénitienne, un matin de fin août, représente de façon emblématique les raisons pour lesquelles la Mostra reste, chaque année, mon rendez-vous cinéphile préféré. »

 

Erik Negro, Cinelapsus.com (première Mostra: 2008)

« Mon souvenir préféré, c’est un épisode de l’émissionBlob, en 2013. Ils m’avaient filmé, le dernier jour, alors que je sortais, pas forcément sobre, de la projection de la copie restaurée de Païsa de Rossellini. »

 

Gabriele Ottaviani, Convenzionali (première Mostra: 2015)

« Ce qui est le plus beau à Venise, c’est le fait de partager un appartement avec les amis, une joie quotidienne. Des fois il faut modifier ses horaires, notamment pour la douche le matin, mais il n’y a rien de mieux que de boire un café avec une amie avant de faire le sprint en vélo pour ne pas louper le début du nouveau film de Kechiche. »

 

Luca Ottocento, Movieplayer.it (première Mostra: 2007)

« Mon plus beau souvenir, c’est la première mondiale, en 35mm, de The Master de Paul Thomas Anderson. Un film que j’attendais depuis longtemps, réalisé par celui qui est encore, pour moi, le cinéaste le plus sophistiqué et éclectique du paysage cinématographique international. »

 

Elena Pedoto, Movietrainer.com (première Mostra: 2016)

« Mon plus beau souvenir, qui est aussi le plus ‘sobre’, est lié au spritz, la seule consommation dans le cadre de la Mostra qui ne t’oblige pas à vendre un rein. Un jour, l’année passée, j’étais en train de boire le cocktail en question avec une amie et, n’ayant pas beaucoup mangé avant, j’étais un peu ivre à la fin de notre conversation. Je me suis rendue compte de mon niveau très bas de sobriété lorsque j’ai essayé de rentrer en vélo, en risquant de me casser la figure contre un gros container d’ordures. Pour moi, ça représente bien Venise, car dans les festivals on n’a pas forcément beaucoup de sobriété ou lucidité. »

 

Maurizio Porro, Corriere della Sera (première Mostra: 1978)

« J’ai beaucoup de souvenirs merveilleux liés aux films vus à Venise, même si, dès que j’ai commencé à être accrédité comme journaliste, c’est devenu un peu plus fatigant. Une chose que je ne pardonnerai jamais à la Mostra: en 1960, Rocco et ses frères ne fut pas primé. »

 

Maria Laura Ramello, Wired.it (première Mostra: 2014)

« Premier film du premier jour, en 2014, à 9h dans la Sala Darsena: Birdman. Je ne sais pas si c’était l’émotion ou la climatisation, mais au début je me sentais paralysée. Ensuite, pendant la séance, je regardais autour de moi, incrédule et fière de mon badge jaune. À la fin du film j’ai applaudi comme une folle, et en sortant de la salle, même si à l’époque il y avait encore un trou dans la zone du Casino, j’avais l’impression d’être dans le plus beau lieu du monde. »

 

Marco Romagna, Cinelapsus.com (première Mostra: 2007)

« Mon plus beau souvenir, c’est ma toute première édition. J’étais encore jeune et sans barbe, c’était mon premier festival de cinéma tout court. C’était l’année d’Andrew Dominik, Todd Haynes, Abdellatif Kechiche et Brian De Palma en compétition, tandis que dans les autres sections il y avait Kitano, Chabrol, Bressane, De Oliveira, Desplechin, Demme et surtout les 540 minutes, en noir et blanc, qui m’ont fait découvrir le cinéma de Lav Diaz. Ce que je suis aujourd’hui, je le dois beaucoup à cette première expérience à Venise. »

 

Sonia Serafini, Screenweek.it (première Mostra: 2011)

« Je n’ai aucun doute sur mon plus beau souvenir. C’est quand je pense que, après des années passées à regarder la remise des prix à la télé, dans la chambre des parents et avec un ventilateur en raison de la chaleur estivale, une petite fille devenue ensuite jeune femme a enfin pu venir au Lido et vivre la Mostra avec tous ses protagonistes. Pendant dix jours on est au centre du monde, on voit des beaux films, on s’amuse et on fait la connaissance de personnes magnifiques. »