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Cannes 2018: "Border" d’Ali Abbasi

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                                 La douane féérique 

Une nouvelle de l’auteur de Morse fait l’objet d’une adaptation bizarre et fascinante, un conte émouvant et choquant sur la nature humaine et la relation entre Finlande et Suède. Lauréat du Prix Un Certain Regard au 71eFestival de Cannes. 

Le prix principal de la section Un Certain Regard du 71eFestival de Cannes a été remporté par Border (Gräns en original), production suédoise tirée d’une nouvelle de l’écrivain John Ajvide Lindqvist, l’auteur du très beau Morse et de son adaptation cinématographique réalisée par Tomas Alfredson en 2008. Il s’agit d’une belle victoire pour le cinéma scandinave et pour les productions de genre, puisque nous avons affaire à un autre récit de vie quotidienne en Suède avec des éléments fantastiques, voire d’horreur. 

Border, c’est la frontière/douane, en l’occurrence celle à l’arrivée de Viking Line, le ferry qui fait le trajet Finlande-Suède. Du côté du pays de Bergman, c’est Tina (Eva Melander) qui fait partie des personnes qui vérifient que les voyageurs n’aient pas fait de bêtises (genre acheter de l’alcool même si on est mineur), et elle parvient toujours à identifier les individus louches, grâce à un don olfactif supérieur et une sorte de sixième sens, qui est peut-être lié à son apparence physique assez inhabituelle. Un jour, elle fait la connaissance de Vore (Eero Milonoff), un Finlandais mystérieux et bizarrement charmant avec un visage qui ressemble à celui de Tina. Tout d’un coup, la vie de la femme est bousculée, et elle se voit impliquée dans une enquête qui mènera à la découverte de certains secrets terrifiants. 

Comme dans Morse, les éléments fantastiques sont utilisés pour mettre en avant les qualités monstrueuses des humains, avec un peu moins de grâce cette fois, en partie parce que les créatures impliquées n’ont pas l’élégance des vampires et en partie parce que la brévité du texte original comporte des ajouts qui ne sont pas toujours aboutis (mais une des choses supplémentaires, concernant le folklore finlandais, fait l’objet d’une blague magnifique). Le récit est subtilement brutal, s’appuyant sur la mythologie scandinave et sur la triste réalité de certains crimes, mais aussi très touchant, grâce au couple loufoque Melander-Milonoff, un duo de comédiens éblouissants qui expriment tout sous plusieurs couches de maquillage (et la prestation de lui est d’autant plus étonnante lorsqu’on sait qu’il ne parle pas du tout le suédois et a appris les nuances de son texte de manière phonétique). Et peut-être que, grâce au prix cannois, leur histoire féérique bourrée de charme et frissons ne sera pas limitée au circuit des festivals et des séances nocturnes.