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Cannes 2018: Que faire de la presse?

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Nous voilà de retour sur la Croisette, pour une édition du Festival de Cannes qui n’a pas commencé de la meilleure manière pour les professionnels: cette année, on commence le mardi et on finit le samedi de la semaine d’après, au lieu du mercredi-dimanche classique, mais pour ceux qui travaillent dans le Palais des Festivals c’est comme si rien n’avait changé. En arrivant hier matin, nous avons constaté que les espaces habituels de la presse n’étaient pas utilisables, raison pour laquelle ce texte introductif sort avec du retard par rapport à l’an dernier. De plus, aucune projection n’était prévue aujourd’hui en dehors de l’ouverture, alors que l’occasion aurait été parfaite pour passer le film de Wang Bing, qui dure 8h15 et fait l’objet d’une séance unique demain matin.

Cette édition a fait beaucoup parler de soi en amont, mais pour de raisons strictement cinématographiques: le sujet le plus débattu, au-delà du nombre de films sélectionnés qui sont réalisés par des femmes (question sur laquelle nous reviendrons en cours de route), c’est l’interdiction formelle des selfies et des photos tout court sur les tapis rouge, avec un carton de rappel qui a été remis à une partie des accrédités lors du retrait du sac du Festival (où on a aussi pu trouver, en raison du mouvement #MeToo, une feuille avec les indications pour dénoncer tout harcèlement sexuel sur la Croisette). Pour les journalistes, il y a aussi la question des projections pour la presse, qui ont subi une modification pour ce qui concerne la Sélection Officielle: nous ne verrons plus les films de la compétition, ainsi que les longs métrages hors compétition, avant la séance officielle, mais soit en même temps, soit le lendemain. Cette stratégie a le but d’éliminer les commentaires négatifs sur les réseaux sociaux avant la projection de gala, mais risque aussi de compromettre en partie le travail des journalistes, notamment ceux de la presse écrite.

C’est un aspect controversé dont le Festival est bien au courant, car les journalistes accrédités ont reçu, il y a quelques jours, un long mail (quelqu’un a compté: 9300 signes), où on nous expliquait les motivations de ces choix, ainsi que les avantages. En fait, ce choix devrait permettre à plus de gens de voir les films, puisqu’on a maintenant droit à deux séances du même titre dans la salle Bazin le soir, et de toute façon, paraît-il, ces projections ne sont pas fréquentées par l’entièreté de la presse accréditée (4000 personnes environ). Thierry Frémaux, Délégué Général de la manifestation, a également souligné son respect pour la presse dans le cadre d’une rencontre avec les journalistes hier après-midi, sauf que celle-ci contredit un peu ses propos ayant été annoncée à la dernière minute.

Bref, pour l’instant l’air est plutôt dominé par des conversations qui voudraient souligner le prestige du Festival de Cannes mais donnent l’impression que la kermesse, dont on a aussi parlé dans le cadre de la question Netflix, soit liée au passé et non pas au futur. Un avis partiellement partagé par Gilles Jacob, prédécesseur de Frémaux, qui s’est exprimé sur plusieurs sujets dans une interview parue dans Nice-Matin. Sauf que Jacob, ancien journaliste, omet certains détails: c’est un petit peu bête de souhaiter que Cannes adopte la formule des mandats pour la direction artistique, comme le fait Venise, alors que lui-même a dirigé le Festival pendant 22 ans. Une autre remarque, sur la nécessité d’un directeur à plein temps, cache aussi une partie de la vérité: Frémaux fut choisi par Jacob, qui ne lui a jamais empêché de garder son autre emploi au sein de l’Institut Lumière…