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Rétrospective Danielle Darrieux aux Cinémas du Grütli

Décès de Danielle Darrieux: parcours d'une star flamboyante

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Danielle Darrieux avait fêté son centenaire en mai dernier. L'actrice, vedette flamboyante du cinéma français, s’est éteinte aujourd'hui. Retour sur l’incroyable carrière de celle qui a incarné à l'écran tous les âges de la vie et qui a fait swinguer le Paris occupé sur la mélodie de Premier rendez-vous.


C’est un peu par hasard que la jeune Danielle, alors âgée de 14 ans, se retrouve au casting du film Le Bal (Wilhelm Thiele, 1931). Cette expérience devant la caméra suscitera sa curiosité pour le monde du cinéma. C’est donc directement devant une caméra qu’elle fait ses débuts comme comédienne (pour, plus tard, s’essayer sur les planches), contrairement aux actrices de sa génération qui faisaient encore leurs marques au théâtre ou au music hall avant de passer au cinéma. Dans les années 1930, elle enchaîne les comédies où elle apparaît en tête d’affiche, souvent en duo avec un acteur, tel Albert Préjean pour une série de films. Puis, en 1936, elle devient véritablement une star internationale avec Mayerling d’Anatole Litvak. On aime alors la comparer à Michèle Morgan, que les français ont pu voir dans Gribouille (Marc Allégret, 1937) et Micheline Presle, deux actrices qui n’ont que quelques années d’écart et qui ont fait leurs débuts à cette même période. Alors qu’elle fait la Une des magazines, la star joue sur l’ambivalence qui caractérise  ses personnages, celle de la jeune fille modèle et provocatrice. On l’aime aussi probablement pour cette image qu’elle convoque, celle peut-être du type de femme qui émerge dans cette société d’entre-deux guerre. 

La rencontre avec Henri Decoin va bouleverser non seulement sa carrière mais aussi sa vie personnelle puisque Decoin, de trente ans son aîné, deviendra son époux et l’accompagnera dans sa carrière, réalisant pour elle une série de comédies à succès. Le dernier tourné juste avant le début de la guerre, Battement de coeur, que l’actrice considérera représentatif de l’insouciance et de la gaieté de l’avant-guerre, ne sera vu en salles qu’au début de l’année 1940. Il recevra un accueil public phénoménal dans le Paris occupé, restant à l’affiche plus d’une année! Ainsi, à la fin des années trente, elle est au sommet de sa popularité. C’est un véritable «phénomène Darrieux» qui secoue la France.

A la Libération, l’image de l’actrice est un peu ternie en raison de sa participation au voyage à Berlin organisé par la Continental dans le cadre de l’amitié franco-allemande, voyage qu’elle expliquera lui avoir été imposé en échange de la libération de son nouveau mari, Porfirio Rubirosa, diplomate dominicain, détenu par les allemands sous prétexte d’espionnage. En 1941, le couple sera d’ailleurs assigné en résidence surveillée en Suisse et la carrière de Darrieux sera interrompue jusqu’à la fin de la guerre. En 1945, son retour dans la profession s’avère donc difficile: il lui faut regagner la confiance du public et des critiques. Peu à peu, ce lien va être rétabli, notamment grâce à une collaboration avec Claude Autant-Lara sur Occupe-toi d’Amélie (1949) puis des rencontres avec d’autres cinéastes français talentueux : Max Ophuls, des retrouvailles avec son ex-mari Henri Decoin, Julien Duvivier...

Ainsi, à l’aube des années 1950, sa carrière est déjà exceptionnellement riche, tant au cinéma qu’au théâtre et dans la chanson. Elle fait l’unanimité auprès du public et de la critique: son image évolue vers celle d’une femme charmante, intelligente, dotée d’une certaine classe mais mystérieuse à la fois. Au cinéma, elle incarne souvent les bourgeoises, des personnages fortes et autonomes. Elle ne craint pas non plus de se montrer parfois antipathique et machiavélique (son rôle dans Le Désordre et la nuit, en 1958, est par exemple l’un des plus sombres de sa carrière). Les années 1950 marquent aussi la rencontre avec Max Ophuls, qui revient d’Hollywood. Danielle Darrieux dira plus tard qu’Ophuls lui a permis de découvrir un autre cinéma. On la découvre dans La Ronde, d’après Arthur Schnitzler (1950), Le Plaisir, d’après Maupassant (1952), et surtout Madame de... d’après Louise de Vilmorin (1953), qui représente un nouveau point d’orgue dans sa carrière. La rencontre entre Darrieux et Ophuls va bouleverser leurs parcours respectifs. Darrieux joue avec une légèreté et un détachement qui lui sont nouveaux. Le caractère particulier de son jeu, qui atténue les sentiments, est très inattendu et même moderne par son éloignement d’un style théâtral encore en vogue à l’époque. En même temps, c’est à partir des films d’Ophuls que Darrieux retrouve le théâtre à travers ce type de cinéma dont Jacques Demy et Paul Vecchiali sont les héritiers, deux réalisateurs grands admirateurs de l’actrice avec laquelle ils vont tous deux tourner. Ophuls et Darrieux ont bien d’autres projets ensemble mais la carrière de Max Ophuls s’interrompt brusquement. Le cinéaste meurt à 54 ans.

Dans les années 1960, alors que la Nouvelle Vague bouleverse le paysage cinématographique, Darrieux reprend sa carrière théâtrale (qu’elle n’avait pas vraiment abandonnée mais où elle se faisait un peu plus rare). En parallèle de ces productions, elle tourne toujours autant, aux côtés notamment de Louis de Funès (Le crime ne paie pas) et Jean Marais. Elle est même repérée par l’un des cinéastes emblématiques de la Nouvelle Vague, Claude Chabrol, qui lui offre le rôle d’une des victimes dans Landru (1963). Darrieux y joue aux côtés de Michèle Morgan, autre star de la Qualité Française tant critiquée par les futurs cinéastes de la Nouvelle Vague, la Qualité Française représentant le «cinéma de papa», qui viserait à faire revivre en image les grands classiques de la littérature en faisant passer la mise en scène au second plan. Il n’est peut-être pas anodin que Chabrol ait choisi ces deux actrices emblématiques d’une époque révolue pour jouer les victimes d’un tueur en série!

En 1967, sort un film phare, Les Demoiselles de Rochefort de Jacques Demy. Elle interprète la mère des jumelles qui vit coincée dans son café et qui chante son amour perdu. Un rôle qui lui demande d’allier mélancolie et un brin de fantaisie. On va depuis ce film rapprocher Catherine Deneuve et Darrieux, cette dernière interprétant encore à trois reprises sa mère dans Le lieu du crime (André Téchiné, 1986), Huit femmes (François Ozon, 2002) et même dans Persepolis (Marjam Satrapi, 2008).


Tout en poursuivant sa carrière théâtrale, Danielle Darrieux est très présente à la télévision à partir des années 1970. Au cinéma, on la voit tourner chez un grand admirateur d’Ophuls et de Darrieux, Dominique Delouche. Dans Vingt-quatre heures de la vie d’une femme (1968) (qu’Ophuls avait rêvé de tourner), Delouche, qui voue véritablement un culte à l’actrice, écrit ce film pour elle. A nouveau, le jeu de Darrieux est subtil, les sentiments sont mis à distance. Plus tard, dans la comédie musicale Divine (1975), le réalisateur joue sur le statut de star de l’actrice.

Dans les années 1980, on lui offrira des beaux seconds rôles conformes à son statut de star vieillissante et à la modernité qu’elle incarne depuis ses débuts, entre mère bourgeoise et grand-mère non conventionnelle. Elle apparaît dans des films de jeunes cinéastes cinéphiles, comme André Téchiné dans Le lieu du crime, 1986, où elle incarne une seconde fois la mère de Catherine Deneuve et Benoît Jacquot pour Corps et biens (1986) dans lequel elle joue une vieille excentrique qui veut venger la mort de son amie. Puis, Jacques Demy, grand admirateur de l’actrice, de son jeu et de sa facilité de passer de la parole au chant, la fait une nouvelle fois chanter, dans Une chambre en ville (1982). Par ailleurs, à ces deux occasions, elle se distingue pour être la seule comédienne dont la voix chantée n’a pas été doublée !

On la voit également chez Paul Vecchiali (En haut des marches, 1983), dans lequel elle chante en direct, ou encore chez Claude Sautet (Quelques jours avec moi, 1988). Et puis, dans les années 2000, François Ozon la choisit pour figurer une suspecte parmi les huit femmes de sa comédie musicale à succès. A 93 ans, après un rôle aux côtés de Jean-Pierre Marielle et Jérémie Rénier dans Pièce montée (Deny Granier-Deferre, 2010), elle se retire du monde du cinéma après plus de huit décennies de vie dédiée au cinéma, au théâtre, à la télévision et, depuis toujours, à la chanson.



Pour finir, un portrait de Darrieux ne peut être complet sans l’évocation d’une dimension fondamentale dans sa vie d’artiste  la chanson, sa passion première qui fait partie intégrante de sa carrière cinématographique (surtout dans les comédies chantées des années 1930). Elle passe de l’enregistrement de chansons de films à des chansons d’auteurs-interprètes populaires dans les années 1960 (sur disque et sur scène), avec une moyenne de deux chansons enregistrées par année !

Darrieux disait, en 1934, «Alors l’avenir ?… On verra bien. La vie est trop courte. On crève trop tôt. Mieux vaut profiter de tout ce qu’elle vous offre et la raccourcir de quelques années que vivre en vain durant cent sept ans !... » (Cinémonde, 7 juillet 1934)

Sans atteindre ces fameux 107 ans, elle aura su émerveiller des générations de spectateurs et cinéphiles pendant près d'un siècle. Chapeau l’artiste!

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