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Locarno 2017: toute la couverture

Locarno 2017: "Lucky" de John Carroll Lynch

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Heureux comme une tortue centenaire

Le comédien John Carroll Lynch (Fargo, Shutter Island, Gran Torino, Zodiac) se retrouve en compétition au 70è Festival du Film de Locarno avec sa première réalisation, Lucky, le portrait drôle et touchant d’un nonagénaire athée et de son entourage dans une petite ville du sud des Etats-Unis: un écrin idéal pour le sensationnel Harry Dean Stanton.

Tout commence par un plan sur une route ensoleillée. Une tortue quitte la chaussée et l’écran par la gauche. Puis on découvre le quotidien de Lucky (Harry Dean Stanton). Il se lève, boit un café, se douche, exécute son quota de positions de yoga et part passer la journée dans un diner à échanger ou non avec le personnel et les clients. Le soir, il partage un verre avec d’anciennes connaissances dont son ami Howard (David Lynch impeccable) qui vient de perdre sa tortue terrestre. Un matin, Lucky s’effondre chez lui. On le retrouve chez son médecin (Ed Begley Jr.) qui lui annonce qu’il est en pleine forme mais qu’il vieillit.

En voilà une superbe galerie de personnages truculents, touchants, poignants, loin du bruit et de la fureur de la vie moderne en milieu urbain. Lucky fait partie de ces originaux desquels émane d’emblée une sympathie, malgré son côté grognon. Etant profondément athée, il ne croit quasiment en rien et cherche des explications à tout et rien, mais quand ce tout et rien ne mérite aucune réflexion ou commentaire, il laisse tomber avec une grimace qui illustre parfaitement son sentiment, comme on le voit parfaitement dans la scène du baiser échangé par deux jeunes gens. Harry Dean Stanton incarne Lucky dans le sens le plus viscéral du terme. Complètement désinhibé, il s’offre littéralement à la caméra et bénéficie de répliques tantôt drôles, tantôt désenchantées, tantôt poétiques, tantôt bouleversantes par leur bon sens que l’on croyait en voie de disparition. Harry Dean Stanton trouve ici le rôle parfait pour un si bon comédien pratiquant encore son art avec bonheur malgré ses neuf décennies. Et il s’en empare avec un tel contentement que cela se remarque dans son jeu, ses expressions, son phrasé à chaque plan qu’il habite.

John Carroll Lynch opte perspicacement pour une mise en scène qui colle aux basques de Lucky tout en gardant la distance nécessaire pour ne pas l’exaspérer par une trop grande intrusion. Il confronte son héros à un groupe de personnes qui savent répliquer et faire face à ce caractère bien trempé et solitaire. Devant ce film, on met sa vie momentanément entre parenthèses pour vivre une escapade bienfaisante dans un univers qui oscille harmonieusement entre la simplicité, l’étrangeté et la nostalgie.

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