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Locarno 2017: toute la couverture

Locarno 2017: "Laissez bronzer les cadavres" d'Hélène Cattet et Bruno Forzani

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Meurtres au soleil

Ce soir, l’écran de la Piazza Grande prendra les couleurs vives de l’univers à nul autre pareil d’Hélène Cattet et Bruno Forzani grâce à la première mondiale de leur nouveau délire cinématographique, Laissez bronzer les cadavres, à la fois hommage appuyé aux westerns et polars italiens des années 70 et œuvre très personnelle.

L’histoire de ce film outrageusement ludique se résume en quelques mots: après avoir braqué un fourgon blindé et volé une quantité non négligeable de lingots d’or, une bande trouve refuge chez un ami artiste qui habite sur une colline surplombant la Méditerranée dans le sud de la France. Bien sûr, deux éléments non conviés à la fête vont venir la perturber: un couple de policiers à motos et la femme de l’artiste qui débarque avec sa fille et une nounou.

On comprend très vite que l’on a affaire à un film qui ne repose pas sur son intrigue pour séduire mais sur son univers visuel et sonore. La musique d’Ennio Morricone s’invite dès les premières scènes ainsi qu’une série de très gros plans sur des yeux ou des bouches en train de bâfrer semblant tout droit sortis de la séquence d’ouverture d’Il était une fois la révolution de Sergio Leone. Mais, par bonheur, Cattet et Forzani ne se contentent pas d’étaler leurs nombreuses références à la truelle. Il jouent avec: tantôt avec respect, tantôt avec impertinence, les assimilant à leur monde particulièrement indéfinissable. Volontairement mal joué mais bénéficiant d’une interprétation remarquable dans cet exercice périlleux, ce long métrage étrange à plus d’un titre utilise son support artistique comme un immense terrain de jeu dédié à toutes sortes d’expériences. C’est à la fois sa force et sa limite.

On a droit à des passages totalement hallucinants où tout ce qui fait l’essence du Septième Art est mis à contribution dans une fureur communicative: le sang, très présent, se mêle aux pigments de peinture, le montage obéit à des cassures de rythme, parfois une image accompagne un son qui semble n’avoir, à priori, aucune rapport avec elle, et parfois c’est l’inverse. Tout ici est prétexte à pousser les moyens que les réalisateurs ont a leur disposition pour les extraire de leur nature originelle.

On peut reprocher au couple de cinéastes de se regarder filmer tant ils font dans la surenchère expérimentale, oubliant de doser leurs effets. Au lieu d’agir comme des montagnes russes avec compressions et décompressions, Laissez bronzer les cadavres grimpe en flèche d’une traite vers les sommets et omet de redescendre de temps à autre pour laisser respirer l’ensemble de l’œuvre. Tout est outrancier et pèche par excès avec une palme au jeu déluré d’Elina Löwenshon qui joue à fond le jeu de l’exagération. Le résultat devient à la longue saoulant et ce ne sont malheureusement pas les innombrables hallucinations discutables s’emparant des personnages, souvent grâce à l’alcool ou aux drogues, qui peuvent justifier cet excès de péchés d’orgueil.

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