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Locarno 2017: toute la couverture

Locarno 2017: "Drei Zinnen" de Jan Zabeil

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Drame à l’ombre d’une montagne

Avec son deuxième long métrage, Jan Zabeil met en scène un drame familial qui pourrait sembler anodin au premier abord. Il s’intéresse aux conséquences que peut subir un enfant face à la séparation de ses parents et comment ces dernières peuvent s’avérer radicales en le poussant dans les plus sombres tréfonds de son esprit.

Agé de huit ans, Tristan passe l’été dans les Dolomites avec sa mère Lea et Aaron, le nouveau fiancé de celle-ci. Aaron initie Tristan à la nage et à l’escalade. L’enfant est tiraillé entre plusieurs cultures: il parle en français avec sa mère, en anglais avec son père qui vient de lui offrir un téléphone portable afin de pouvoir l’atteindre quand il veut, et en allemand avec Aaron. Foncièrement perturbé par cette situation, Tristan joue plusieurs rôles en attendant de décider lequel surpassera les autres. Quand il demande à sa mère pourquoi elle et son père ne sont plus ensemble, il n’obtient qu’un silence lourd de sens, immédiatement suivi d’une digression. Cache-t-elle quelque chose, un secret? A-t-elle honte d’avouer à son fils qu’elle est à l’origine de ce divorce pour des raisons hautement futiles? Tristan essaie de mettre de l’ordre dans ses pensées et se rapproche d’Aaron en se permettant même de l’appeler papa, ce qui déplaît énormément à sa mère.

Au premier abord, Drei Zinnen semble suivre le quotidien d’une petite famille en vacances à la montagne avec baignade en piscine, visite de vieux monuments croisés au gré d’excursions, vie modeste loin de tout le confort moderne. Mais, on sent qu’un drame sous-jacent n’attend que son heure pour surgir au moment où on l’attendra le moins. Jan Zabeil le fait gentiment monter par petites touches. Tristan apparaît de plus en plus soupe-au-lait avec Aaron, passant d’un enthousiasme réjouissant à des menaces à peine déguisées, comme s’il échafaudait un plan dont les bénéfices ne devraient profiter qu’à lui seul.

Dans une société où tout a fini par devenir produit de consommation que l’on épuise au gré de ses envies généralement égoïstes, ce film s’intéresse aux dommages intérieurs que peuvent subir des enfants, n’étant en rien responsables de la situation dans laquelle ils se trouvent pourtant condamnés malgré eux. Le réalisateur fait de ce comportement, désormais accepté par une majorité comme une normalité somme toute banale, l’élément clé qui va pousser l’enfant à faire un choix catégorique pour retrouver l’harmonie qu’on lui a volée. Drei Zinnen rappelle judicieusement que les plus grands drames ne se jouent pas forcément sur des terrains de bataille, mais dans l’esprit d’une victime dont on sous-estime trop souvent la gravité de la blessure et les conséquences qui peuvent en découler.

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