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NIFFF 2017: Courts métrages suisses

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Court toujours

La sélection de courts métrages helvétiques du NIFFF 2017 reflète un peu le mal qui s’empare globalement du film de genre: faire comme, en citant un tas de références plus ou moins honorables mais oublier sa personnalité.

Huit courts métrages suisses ont retenu l’attention des sélectionneurs du NIFFF 2017. Dans l’ensemble, on retiendra que la plupart d’entre eux procèdent de l’exercice de style plus ou moins maîtrisé, mais peine à raconter une histoire digne d’intérêt.



Entièrement conçu en une semaine dans le cadre d’un festival, One of Them de Luc Walpoth suit les errements d’une jeune femme et d’un garçon dans un monde post-apocalyptique où l’énergie est devenue très rare. Malgré le jeu bancal de l’actrice principal, ce film parvient à créer un univers cohérent qui fonctionne autant par l’image que par les dialogues en collant à sa thématique principale: peut-il encore y avoir une lueur d’espoir dans un monde en plein chaos?



Féroce
d’Izù Troin est un très beau film d’animation qui s’attarde sur la concurrence carnassière qui peut exister au sein d'une même entreprise mais, malheureusement, il chausse d’énormes sabots et au final, on se demande si l’intérêt principal est de distiller une violence graphique explicite plutôt que de faire le point sur l’un des pires maux de notre société, à savoir la compétition sauvage qui prône l’égocentrisme absolu selon lequel il vaut mieux tuer que d’être tué pour accéder aux étages supérieurs.



Sons of Bitches
, autrement dit Fils de putes d’Arnaud Baur possède les défauts de plus en plus récurrents d’une jeune génération de cinéastes qui préfèrent oublier leur personnalité pour rendre hommage à leurs aînés. Le film bénéficie d’une très belle enveloppe sachant pleinement justifier l’utilisation d’une image en scope, mais ne dépasse jamais le cadre de l’hommage insistant aux westerns de Quentin Tarantino, sans le recul et l’humour du cinéaste américain. Faut-il y voir une approche féministe du genre à travers le personnage principal d’une prostituée, traumatisée par la scène d’ouverture et qui fuit le monde exclusivement machiste de son bordel? Peut-être, mais alors le scénario recourt à des ficelles aussi grosses qu’une corde de potence pour y parvenir lourdement.



En trois petites minutes, Swiss Made de Sophie Wietlisbach fait le portrait à la fois cynique et réaliste d’un pays qui aime laisser sa dignité aux vestiaires pour toujours satisfaire la loi du dieu du commerce. Fait sous forme d’animation à base de collages, ce court métrage atteint son but sans fioriture: l’humour cynique à travers un regard lucide et impertinent sur un coin du monde soi-disant propre en ordre.



Schutzplan Vollmond
d’Elias Jutzet utilise l’humour pour mettre le doigt sur les difficultés que les Suisses rencontrent parfois pour communiquer. On suit un Romand qui se fait arrêter lors d’une nuit de pleine lune et enfermé dans un bunker de montagne pour sa protection. Le responsable de l’endroit qui ne s’exprime qu’en suisse-allemand a toute les peines du monde à lui faire comprendre sa situation, malgré l’aide d’un co-détenu qui a des notions de français. Le cinéaste maîtrise le format court en nous impliquant d’emblée dans cette situation ubuesque et joue avec les clichés entre la Romandie et la Suisse Allemande sans sombrer dans l’alourdissement qu’aurait pu subir son propos.



Avec Die Brücke über den Fluss, Jadwiga Kowalska réalise une petite ɶuvre d’animation qui va à l’essentiel de son intention. Un homme prêt à se jeter d’un pont dans une rivière pour rejoindre celle qu’il aime, voit les passants se mobiliser sur le pont d’en face pour l’empêcher de commettre l’irréparable. La réalisatrice fait appel à une animation épurée très proche de l’art pictural pour retourner son auditoire dans une chute efficace et surprenante.



Sott’Acqua
d’Audrey Bersier fait partie de ces trop nombreuses pseudo-psychanalyses absconses et trop personnelles pour susciter le moindre intérêt. On ne sait pas ce que ce film veut raconter à travers le portrait d’une jeune fille énervée qui n’accepte pas la nouvelle compagne de son frère aîné. C’est typiquement un produit qui mériterait un traitement de long métrage, mais résumé ici en dix-huit minutes. L’ennui pointe rapidement le bout de son nez et le tout recourt tellement au non-dit qu’il en devient irritant par sa prétention et sa vacuité.



Avec Zarr-Dos, Bart Wasem signe une très petite chose plastiquemenent assez laide et dont le fond est étalé à la truelle. Deux immenses têtes dans le ciel se ressemblant comme deux gouttes d’eau à part la couleur de leur cheveux (l’une est blonde, l’autre est noiraude: bonjour le symbole à deux balles) se livrent une lutte de pouvoir à coup de grimaces immondes et d’effets spéciaux rudimentaires. Une fable lourdingue sur la soif de domination et ses conséquences.

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