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NIFFF 2017: Ouverture

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Aborder le fantastique de trois manières différentes

Le NIFFF 2017 a débuté vendredi et nous a donné l’occasion de voir que le fantastique ne se sert pas que des films comme support, mais se niche surtout dans les histoires quelle que soit la manière de les raconter.

L’enfance de l’art
A Neuchâtel, le premier jour du NIFFF correspond à la fin de l’année scolaire et à son défilé d’élèves dans les rues. Pour souligner l’occasion, le Festival, dans sa section off, NIFFF Invasion, a organisé Kid-O-Nifff. Cette projection d’une vingtaine de courts métrages d’animation réalisés dans différentes classes du canton a été l’occasion de découvrir un travail fort intéressant. Secondés par leur professeurs et de Lilo Wullschleger, chargée de mission du Service de l'Enseignement Obligatoire (SEO), les enfants ont pu laisser libre court à leur imagination en créant des personnages, en écrivant des scénarios, en réalisant leurs films avant de les monter et de les sonoriser. Ils sont le reflet d’une jeunesse débordante de créativité et soucieuse de tout ce qui les entoure. Certaines œuvres servent d’exorcisme, d’autres d’amusement pur et simple et d’autres encore permettent à leurs créateurs de s’interroger sur ce monde très étrange pour eux qu’est l’adulte avec ses folies, ses contradictions et ses peurs mortifères. On retrouve dans ces petits films l’humanité résumée au travers de contes hauts en couleur et, même si parfois ils peuvent donner l’impression de n’être pas totalement aboutis, ces créations possèdent tout le charme de l’enfance, cette période à la fois d’insouciance et de découverte de l’univers autant physique que métaphysique. 

La Guerre des mondes en musique
Pour la première fois de son existence, le NIFFF ne s’est pas ouvert sur un produit audiovisuel projeté sur un écran. Certes, il y avait déjà eu ce que l’on nomme un ciné concert avec la présentation de Häxan de Benjamin Christensen accompagné par l’Ensemble Symphonique de Neuchâtel, l’année dernière, mais jamais d’art vivant comme ce fut le cas vendredi dernier grâce à Interstellar Riot de Robert Sandoz et du groupe The Rambling Wheels. Cette pièce mêlant théâtre et musique se déroule dans la petite station Radio Reverse au moment précis d’une invasion extra-terrestre comme décrite dans La Guerre des mondes de H.G. Wells qui fut l’objet d’un canular radiophonique mémorable orchestré par Orson Wells. Alors que les animateurs de cette petite station américaine reçoivent un duo de musiciens italiens, d’étranges phénomènes se déroulent. Cela permet aux Rambling Wheels de distiller un rock qui oscille entre le planant et le brutal avec ce qu’il faut de riffs de guitares endiablés et d’expérimentations électroniques inspirées. Le résultat est un moment assez unique plein d’humour et d’énergie communicative tout en gardant la distance nécessaire à l’exercice pour ne pas sombrer dans l’émotivité gratuite.


Relecture pertinente du cannibalisme
On le sait, le cannibalisme subjugue depuis la nuit des temps, soit sous forme de rejet, soit sous forme de fascination, quand ce n’est pas sous la forme d’une attirance la plupart du temps malsaine, voire perverse. Plusieurs films du NIFFF de cette année abordent ce thème de différentes manières, comme l’un des fleurons du genre, l’inégalé Ravenous (Vorace) d’Antonia Bird. Pour son premier long métrage, Julia Ducournau marche sur les traces du sublimement traumatisant Trouble Every Day de Claire Denis en conférant au cannibalisme une essence pathologique. Elle y parvient haut la main grâce à la rigueur d’un scénario sans faille qui ne cherche jamais à faire de l’épate mais suit précisément la calamité qui s’abat sur Justine lors de son entrée dans une prestigieuse école de vétérinaires. Végétarienne n’ayant jamais avalé le moindre milligramme de viande, Justine, lors d’un bizutage particulièrement assujettissant, doit manger un rein de lapin cru. Dès lors, sa vie change de manière rapide et radicale. Affublé d’un titre français spécialement idiot, Grave, le film choc de Julia Ducournau se nomme Raw, autrement dit cru, brut ou pur (en ce qui concerne l’esprit) en anglais et c’est bien de cela qu’il s’agit, d’une parabole autour de la différence la plus draconienne et de la solidarité forcément imposée aux victimes de ce mal sournois et irréfutable. Le résultat est une oeuvre puissante, authentique, dégraissée de tout superflu et particulièrement inconfortable.

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