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Cannes 2017: toute la couverture

Cannes 2017: Perplexités d’ouverture

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Ça y est, la 70e édition du Festival de Cannes, le rendez-vous cinéphile par excellence, vient de commencer. Dans les jours qui viennent la presse et les autres professionnels de la branche auront la possibilité de découvrir les nouvelles œuvres de Bruno Dumont, Roman Polanski, Bong Joon-ho, Michael Haneke et d’autres cinéastes majeurs (sans oublier le Marché, où ont lieu les accords qui contribueront en partie aux programmes festivaliers du reste de l’année). Parmi ces noms admirables on peut aussi citer Arnaud Desplechin, un habitué de la Croisette (à l’exception de Rois et reine, sélectionné à Venise, tous ses longs métrages en date ont été dévoilés à Cannes), choisi cette année pour inaugurer la manifestation avec Les fantômes d’Ismaël.

Déjà au moment de l’annonce du programme on se demandait pourquoi ce choix avait été fait. Certes, Desplechin est un auteur important, mais ses films n’ont pas vraiment ce côté spectaculaire et/ou divertissant que l’on associe traditionnellement à une ouverture dans le cadre d’une kermesse comme Cannes. Une hypothèse sur la sélection était liée à la rupture partielle entre le cinéaste et le Festival, comme l’a partiellement raconté Thierry Frémaux dans son livre Sélection officielle: en 2015, Trois souvenirs de ma jeunesse ne fut pas retenu pour le programme principal de la manifestation, mais il fit partie de l’offre de la Quinzaine des Réalisateurs. L’an dernier, une première réconciliation eut lieu avec la présence de Desplechin dans le jury officiel présidé par George Miller, avant le retour à proprement parler avec son nouveau long métrage en ouverture de festival (mais hors compétition, contrairement à ses films précédents).

Or, votre serviteur est sorti de la projection plutôt déçu: le film est, à notre avis, assez froid et mécanique, bien que parfaitement mis en scène. Une histoire d’amour(s) triste(s) comme on a pu en voir par le passé chez Desplechin, sauf que cette fois on n’a pas été séduits. Un avis partagé par les confrères avec lesquels nous avons parlé lors de la séance de presse à Lausanne (comme le film est en salle en Suisse romande à partir d’aujourd’hui, nous avons pu le voir avant de partir pour Cannes). Mais ce n’est pas l’aspect important, car il est fort possible que la presse internationale ait été charmée par Les Fantômes d’Ismaël (pendant que nous rédigeons ces lignes nous n’avons pas encore lu les avis des autres). De plus, on a l’habitude de voir des films décevants, voire même mauvais, dans à peu près tous les festivals. La question, ici, c’est la pertinence du choix de ce long métrage spécifique pour inaugurer non seulement le Festival, mais aussi l’édition du soixante-dixième anniversaire.

Côté glamour, rien à reprocher: les trois acteurs principaux sont Mathieu Amalric (qui fait aussi l’objet de l’ouverture d’Un Certain Regard avec sa nouvelle réalisation Barbara), Charlotte Gainsbourg et Marion Cotillard, avec la participation de Louis Garrel. Bref, un joli groupe pour le tapis rouge. Mais le film est aussi censé donner le ton à la manifestation en soi, surtout si l’on pense au fait que, comme toutes les ouvertures cannoises depuis 2010, il sort au cinéma en France et en Romandie pendant le festival et donne ainsi aux spectateurs la possibilité de découvrir une partie de la kermesse sans devoir s’y rendre (Rodin et L’amant double seront aussi à l’affiche d’ici la fin du mois). Et là, franchement, on est loin du spectacle de Robin des bois ou de la cinéphilie éblouissante de Café Society (le Septième Art joue aussi un rôle dans Les Fantômes d’Ismaël, mais il est marginal). En fait, le film de Desplechin incarne à peu près tous les clichés du cinéma français dont les autres pays aiment se moquer, et la seule explication raisonnable pour sa place dans le calendrier du Festival (pas dans la sélection elle-même, on s’y attendait) reste celle de la relation entre cinéaste et kermesse qui avait besoin d’être réparée.

Cela dit, y avait-il un autre candidat valable parmi les œuvres qui ont été sélectionnées? Difficile de se prononcer sans avoir vu les films, mais on ose imaginer que les deux épisodes de Twin Peaks auraient pu faire l’affaire (si Showtime avait été d’accord), en justifiant aussi la nature exceptionnelle d’un produit épisodique en sélection officielle (Top of the Lake, qui passe dans son intégralité, rentre plutôt dans la catégorie des miniséries, qui sont tolérées si elles sont réalisées par des cinéastes de renom).  Si on voulait mettre en valeur les productions françaises, peut-être que D’après une histoire vraie de Polanski, qui se présente plus comme un thriller, aurait pu marcher aussi; mais comme il a été ajouté au programme après la conférence de presse officielle, il semblerait que le comité de sélection ne l’avait pas encore vu à l’époque. Ou encore, en gardant le côté cinéphile et les célébrations pour l’anniversaire, Le Redoutable de Michel Hazanavicius aurait pu souligner le sens de l’humour de Frémaux et de son équipe: dans un des teasers sortis après l’annonce du programme, le Jean-Luc Godard incarné par Louis Garrel affirme que «c’est con d’aller à Cannes cette année». Il parle de 1968, mais il n’est pas difficile d’imaginer que d’autres personnes aient le même avis concernant des éditions plus récentes.

Reste juste la question des films qu’on aurait aimé voir sur la Croisette, notamment les gros blockbusters anglophones qui ne sont pas à l’affiche, soit parce qu’ils sont déjà sortis (Alien: Covenant) soit parce que, d’après Frémaux, ils ne sont pas prêts (Dunkirk de Christopher Nolan, attendu pour juillet). Parmi les rumeurs qui circulaient dans les semaines précédant la conférence de presse il y avait le film idéal, d’un certain point de vue: Valérian et la cité des mille planètes, tourné en anglais avec des stars anglo-américaines mais produit par une société française et réalisé par Luc Besson. En même temps, on ne peut s’empêcher de croire que Besson lui-même aurait peut-être évité la Croisette: vu sa mauvaise relation avec la presse, notamment en France, dévoiler le film à Cannes aurait pu être un suicide médiatique.

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