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Cannes 2016: "Juste la fin du monde" de Xavier Dolan

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Avec Mommy (2014), l’enfant prodige et prolifique du Québec, Xavier Dolan a électrisé la compétition officielle de Cannes et s’est placé avec force sur la scène internationale du septième art. Après avoir été membre du jury du festival l'année dernière, il revient avec Juste la fin du monde, une adaptation de la pièce de théâtre éponyme de Jean-Luc Lagarce, qui raconte l’après-midi en famille d’un jeune auteur qui, après douze ans d’absence, rentre dans son village natal afin d’annoncer aux siens sa mort prochaine, dans une tourmente de beuglements, de querelles et d’étreintes silencieuses.

Dans la foulée de sa consécration en 2014, Xavier Dolan a eu accès à des budgets plus importants, une équipe internationale d'acteurs et, bien évidemment, des attentes accrues de la part de la presse comme du public. Malheureusement, Juste la fin du monde n’explore pas le capital de ces divers éléments. Louis (Gaspard Ulliel), dramaturge gay, vient saluer sa mère, Martine (Nathalie Baye), sa sœur cadette Suzanne (Léa Seydoux) et son frère aîné Antoine (Vincent Cassel). La seule personne qu’il ne connaisse pas encore est sa belle-sœur, Catherine (Marion Cotillard).

Les acteurs énumérés ci-dessus ne sont pas seulement parmi les meilleurs (et les plus célèbres) de France, ils sont parmi les meilleurs au monde. Mais Dolan les cantonne à hurler, s’égosiller, se disputer, le tout sur fond de rancœurs et d amertumes. Attendant le bon moment pour faire avouer à son personnage son secret, Gaspard Ulliel se détache du reste des acteurs, portant le film sur ses épaules malgré son mutisme et son regard évasif et penseur. Sa prestation n’est pas sans rappeler son interprétation de Saint Laurent (2014), tout en timidité, borborygmes marmonnés et attitudes maniérées.

Les trois actrices jouent des personnages avec des relations guindées, poussées à l’extrême dans leurs retranchements (soumission pour Cotillard, excellente, hystérie pour Baye, rébellion pour Seydoux), elles interagissent en gravitant autour de la pierre d’achoppement qu’est Louis, déstabilisées par les sautes d’humeur et l’irascibilité d’Antoine. Dans un geste surprenant pour un jeune cinéaste connu pour son écriture exemplaire de rôles féminins forts, aucune des trois femmes du film ne présente beaucoup de vie intérieure. Toutes sont plus ou moins définies par leurs relations avec les hommes à l'écran. Précisons à ce propos que Dolan s’est tenu à la pièce de Jean-Luc Lagarce, se permettant une unique digression: le trajet en voiture entre Louis et Antoine qui n’apporte rien au récit.

Si cela semble un peu inhabituel pour Dolan, tout le reste trouve un écho retentissant dans les procédés chers au cinéaste: la musique, la mise en valeur esthétique des comédiens, la camera proche des visages, la luminosité. Les images sont travaillées au maximum, et souvent d'une belle manière. Nos yeux glissent à travers les cadres astucieusement composés par la photographie signée André Turpin, qui recourt souvent aux immensités bleues et noires. Dolan opte fréquemment pour de gros plans, renonçant à une mise en scène spatiale pour savourer des plaisirs immédiats de texture et de lumière.

Alors que des images similaires remplissent ses films précédents avec de l'énergie et de la vitalité, ici, la noirceur de la pièce sombre rend cette atmosphère plus claustrophobique et inerte. Juste la fin du monde serait-il le premier raté de sa brillante filmographie? Les applaudissements furent modérés hier soir à la Salle Debussy, étouffés par des soupirs de lassitude. Avec ce film, Xavier Dolan prend le risque d'aliéner nombre de ses fans les plus ardents.

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