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Cannes 2016: "Après la tempête" de Kore-eda Hirokazu

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Personne ne va voir un film Kore-eda Hirokazu en s’attendant à de la dynamite et des camions en fuite. Mais les fans inconditionnels du cinéaste nippon, même de longue date, pourraient être surpris par la subtilité suprême de son dernier film, une ode belle et douloureuse à la complexité de la vie familiale.

Umi yorimo mada fukaku (Apres la tempête), dont la première à Un Certain Regard à Cannes hier, en présence du réalisateur et de ses acteurs, demeure dans la veine si particulière de ses précédents drames familiaux, à la fois terrible et extrêmement sensibles, comme I Wish (2011), Tel père, tel fils (2013) et Notre petite sœur (2015). Ce dernier opus est un peu moins sentimental que les trois précédents, et rappelle, par moments, son chef d’œuvre, couronnement  de sa carrière, Aruitemo aruitemo (Still walking, 2008). Dans la façon délicate et subtile, à la manière d’un peintre, de décrire la façon dont les tensions multi-générations créent des fissures dans l’apparente unité familiale, troublée et révélée avec compassion par la caméra du cinéaste, sans jugement ni moralisation, son film présente aussi de forts échos avec les drames de la classe ouvrière, du maître japonais Mikio Naruse.

Le personnage central, Ryota Shinoda, est joué par Hiroshi Abe, qui a interprété un personnage de Still Walking avec le même nom et un rang familial similaire: il est à la fois un fils et un père, et les deux rôles sont intrinsèquement liés malgré sa situation de récent divorcé. Ryota est un romancier qui a remporté un prix littéraire mais qui travaille maintenant pour une agence de détectives privés dans la banlieue de Tokyo, dans la ville de Kiyose, où Kore-eda a passé une grande partie de son enfance et de sa vie de jeune adulte.

Son travail édifiant consiste, la plupart du temps, à espionner les tromperies et les duperies entre époux adultères qui retrouvent leurs amants respectives dans les fameux «Love Hotel» aux néons agressifs. Peinant à gagner sa vie, Ryota prétend, tant auprès de sa mère (la délicieuse Kirin Kiki, protagoniste du film de Naomi Kawase, An) que de son ex-femme (Yoko Maki), être à la recherche d’inspiration pour son deuxième livre. En réalité, il n’écrit aucun roman et claque toute sa paie dans les jeux et les billets de loterie. C’est d’ailleurs sa dépendance au jeu qui a fait fuir sa femme Kyoko qui lui reproche son manque d’implication auprès de leur jeune fils Shingo (Taiyo Yoshizawa).

Après le décès récent de son père, Rota reprend contact avec sa mère âgée, Yoshiko, libérée de son défunt mari qui avait les mêmes habitudes dépensières que son fils. Quand ce dernier rend visite à sa mère, la première chose qu'il fait en arrivant est d’empocher des billets de loterie non rayés et prendre une bouchée irrespectueuse d'un gâteau de riz placé sur le mémorial de son père. Le ton est donné et teintera ainsi toute l’histoire.

Le film suit la réconciliation progressive de Ryota avec sa mère et son fils, alors que la tempête du titre, le 23e typhon de l’année, menace de frapper Tokyo. Petit élément perturbateur dans la routine de façade que mène Ryota, sa sœur (Satomi Kobayashi) fait irruption dans sa vie en observant les manigances et les mensonges de son frère. Par touches successives d’une extrêmes subtilité et délicatesse, Kore-eda brosse progressivement les relations familiales et les fissures qui en résultent par le biais de magnifiques conversations en tête-à-tête. Le film contient un humour savoureux et drôle (souvent servi de manière jubilatoire par Kirin Kiki, mais diffuse une indicible mélancolie, mêlant souvent les deux à la fois, lorsque des événements creusent le fossé entre les anciennes ambitions de Ryota et de sa situation actuelle.

Comme à l’accoutumée chez Kore-eda, il y a quelques scènes merveilleuses de la préparation des aliments et des repas. Kore-eda est un réalisateur pour qui un repas peut être visuellement attrayant et aussi chargé d'une signification dramatique, comme dans une des premières scènes où Ryota et sa mère mange du Kakigori (une sorte de desserts glacés), peinant à briser la glace (est-ce symbolique?) de manière comique, mais la séquence révèle aussi délicatement le dédain de Ryota pour les manières frugales de sa mère. La caméra de Kore-eda trouve la beauté partout dans les détails de la vie quotidienne, dans des espaces urbains à priori banals, les cadres entrecroisées dans un parc de vélos, la lueur d'un salon de pachinko, la douce luminosité d'un fleuriste, un soir venteux. Rare sont les cinéastes contemporains qui regarde la vie humaine ordinaire d'aussi près que Kore-eda, avec une immense générosité.

Lors de la projection de 22 heures à la Salle Debussy, le public a pu applaudir le cinéaste et ses acteurs qui se sont tous exprimés sur leur travail avec Kore-eda. Le seduisant Hiroshi Abe a dit sa joie d’être présent pour la première a Cannes, ce dont il rêvait depuis longtemps. Kiki Kilin, drapée dans un kimono traditionnel, a été longuement  ovationnée.

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