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Cannes 2016: "Loving" de Jeff Nichols

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Mildred et Richard Loving s'aiment et comme elle attend leur premier enfant, ils décident de se marier. Mais comme il est blanc et qu'elle est noire dans l'Amérique ségrégationniste de 1958, la Virginie où ils vivent leur interdit cette union. Ils vont donc convoler en justes noces à Washington, dans le district de Columbia et retournent en Virginie qui les poursuit. Emprisonné, le couple est arrêté par un shérif local pour avoir enfreint la loi anti-métissage de l'Etat, qui interdisait les mariages entre personnes de races différentes, condamnant leurs auteurs à une peine de prison, avec suspension de la sentence à condition qu'ils quittent l’Etat. S’estimant victimes d’une violation de leurs droits civiques, Richard et Mildred portent leur affaire devant les tribunaux et, avec l aide de l’avocat Cohen, iront jusqu'à la Cour suprême qui, en 1967, casse la décision de la Virginie et fait jurisprudence, promulguant l'arrêt "Loving v. Virginia" qui octroie a tous le droit de s'aimer, sans aucune distinction d'origine, de couleur, de confession. Cet épisode est totalement méconnu par rapport à d'autres événements amplement diffusés dans l'histoire du mouvement des droits civiques comme Rosa Parks ou les marches pacifiques de Martin Luther King. Mais les donnes risquent de changer depuis ce lundi où le film de Jeff Nichols a été présenté.

Le couple Loving a déjà fait l'objet d’un documentaire, The Loving Story, de Nancy Buirski (2012), mais aujourd’hui, avec le film de Nichols, l’histoire de  Mildred et Richard Loving accède au  grand écran, porté par Joel Edgerton et Ruth Negga qui incarnent respectivement Richard et Mildred.

Le réalisateur de Shotgun Stories, Take Shelter, Mud et Midnight Special,  se consacre à un matériau plus socio-politique et l’aborde de manière pertinente. De façon surprenante et inattendue, le cinéaste, habituellement affable, avait beaucoup à dire à ce sujet au cours de la conférence de presse à Cannes: «Cela me semblait la meilleure façon d'aller au cœur de tout cela est de simplement parler de tous ces gens. Je pense que lorsque nous parlons de [questions] sociales comme la race et de l'égalité de mariage, nous avons tendance à tout simplement se joindre à notre plate-forme de réflexion. Vous êtes conservateur. Vous êtes libéral. Vous allez vers vos intérêts et nous nous appuyons sur ces idées politiques qui ne sont que des idées. Elles ne sont pas attachées à quelque chose de spécifique »
Nichols a ajouté qu'il trouvait les éléments juridiques de l'histoire des Loving fascinants, en notant que le fait que l'ACLU (ndlr. L'Union américaine pour les libertés civiles) ait porté l'affaire devant la Cour suprême pourrait être un film en soi: «Mais je ne voulais pas faire un drame judiciaire, je voulais faire un film sur deux personnes dans qui s’aiment.»
Il est particulièrement fréquent à Hollywood que les cinéastes accommodent la vérité afin de la rendre plus hollywoodienne. Jeff Nichols a su évité cet écueil, réalisant un biopic dominé par la vérité.

Le cinéaste dépeint avec une conviction franche et une simplicité efficace l’histoire de ce couple, mêlant dans un juste équilibre les moments d’intimité et de complicité avec les expositions publiques (medias, tribunal). Ruth Negga incarne la grâce, la dignité et la douceur de Mildred. Il y a un joli moment où elle est interviewée par des journalistes de télévision, après un rejet de la cour et, en réponse à une question sur la façon dont elle se sent, elle dit calmement: «Je suis emplie d'espoir…» L’interprétation de Richard par Joel Edgerton semble un peu plus opaque. Joel Edgerton (dans sa deuxième collaboration avec Nichols après Midnight Special) dépeint Richard comme un homme de la classe ouvrière, dur à la tâche, tranquille et réservé qui vit dans la peur constante que les autorités détruisent sa famille. L’acteur donne une performance puissamment réservée, affectueux envers sa femme mais demeurant désespérément silencieux et dont  la colère, contenue et modérée, offre une multitude d'émotions dans les dernières minutes du film.

Tant dans le fond que dans la forme, Loving suit les traces de Selma (2014), film américano-britannique réalisé par Ava DuVernay, sorti en 2015 contre la ségrégation des noirs. Si certains critiques ont reproché une linéarité et une platitude au film, Jeff Nichols a choisi un sujet qui a ému et provoqué quelques larmes parmi les spectateurs. Il pourrait récolter un prix d’interprétation pour ses acteurs.

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