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Cannes2016: "American Honey" d'Andrea Arnold

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La réalisatrice de The Wuthering Heights (2013), Red Road (2006) et Fish Tank (2009) brosse le portrait d’une Amérique profonde, au travers d’un groupe de jeunes vendeurs qui font du porte a porte, dont fait partie Star (Sasha Lane), une jeune fille texane fougueuse, issue d’une famille défavorisée et qui fait de son mieux pour prendre soin de deux autres enfants que leur mère a abandonnés. L’intention de la cinéaste était louable mais rapidement, les spectateurs sont confrontés aux nombreux écueils qu’Andrea Arnold n’a pas su éviter: la longueur et la redondance qui provoquent très rapidement l’ennui du public.

Dès la scène d’ouverture, on découvre une adolescente qui fouille un container, pour dénicher de la nourriture. Séduite par Jake (Shia LaBeouf) sur un parking de supermarché, Star quitte sa famille dysfonctionelle et rejoint une équipe de vente d'abonnements de magazines, qui parcourt le Midwest américain en faisant du porte à porte. Durant les trois heures (deux heures et 40 minutes précisément mais cela semble une éternité) que dure American Honey. Quand Jake et Star se retrouvent, il y a de la passion mais aussi beaucoup de tensions, ce qui amène Star à ne pas remplir ses obligations contractuelles et agace Krystal (Riley Keough), la jeune femme qui dirige l'opération.

La camera d’Andrea Arnold confine les spectateurs dans l’habitacle d’une fourgonnette où les jeunes entonnent en chœur des chansons de rap. Cette bande-son tonitruante et assourdissante sera du voyage durant tout le film et risque de mettre à rude épreuve les tympans. Par chance, le temps d’une soirée plus intimiste, on aura droit à une chanson du Bruce Springsteen: on n’a jamais autant savoure une chanson du Boss

Il fallait une certaine audace de la part de la cinéaste pour donner au film un titre de deux mots commençant par "américain". Cela implique tout un continent alors que l’itinéraire du groupe se limite à quelques états, en particulier les zones résidentielles. Le scénario est ponctué par l’interrogation existentielle de ces jeunes vendeurs, répétée de manière lancinante:  «Est-ce que les gens lisent encore les magazines?»

Arnold nous ramène aux films sur l'Amérique profonde et oubliée de la fin des années 1960. Mais n’imaginez pas vous plonger dans Easy Rider (1969) de Dennis Hopper, loin s’en faut. American Honey gagne son adjectif titulaire dans la fresque à valeur sociologique qui présente le vaste chaos de la société américaine. Par exemple, les jeunes démunis rencontrent des cow-boys riches en grands chapeaux qui ne savent pas que faire de leur argent. Finalement, Star et son groupe croisent la route de gens qui sont encore plus pauvres qu'ils ne le sont. Sur le chemin presque tout le monde fait quelque chose qu'il ou elle ne devrait pas mais, comme cela est toujours le cas dans un film d’Andrea Arnold, le film ne juge ni ne punit les méfaits supposés. Quelle meilleure métaphore pour décrire le marasme de l'Amérique contemporaine qu'une opération de vente d’un produit que personne ne veut? Les magazines ne semblent même pas avoir de noms, seulement des thématiques: les bateaux, les camions, les filles. La seule chose qui importe est la vente, mensongère bien évidemment. Andrea Arnold, propose des images panoramiques rougeoyantes et dynamiques qui capturent chaque destination avec une concision étonnante. Cela ne suffit pas a compenser les maladresses du développement empli de scènes où règne la bande-son.

Durant la projection de presse, de nombreux journalistes ont quitté la salle, toutes générations confondus, en poussant de sonores soupirs. Le film d’Arnold a provoqué la division à Cannes, étant essentiellement une odyssée picaresque aléatoire qui pourrait prendre fin au bout de 30 minutes: malheureusement pour les spectateurs, ce périple dure encore deux heures.

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