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Festival de Cannes 2014: Interview d'Olivier Dahan pour "Grace De Monaco"

Festival de Cannes 2014: Interview de Tim Roth pour "Grace de Monaco"

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Au casting de Pulp Fiction, palmé il y a tout juste vingt ans, président du jury Un Certain Regard en 2011, Tim Roth fait cette année l'ouverture du Festival de Cannes avec Grace de Monaco, le jour-même de ses cinquante-trois ans: un film dans lequel il donne la réplique à Nicole Kidman sous les traits du Prince Rainier, et qui a constitué un défi inédit pour l’acteur britannique, le faisant sortir des rôles de gros durs qu’il endosse habituellement. Arrivant la "vapoteuse" aux lèvres sur la terrasse d’un palace de la côte, Tim Roth a d’emblée détendu l’atmosphère, faisant fi de l’embargo imposé aux journalistes par les attachés de presse américains: «Posez les questions que vous voulez, je répondrai a toutes !»

Qu’est-ce qui vous a séduit dans ce rôle?

C’était très éloigné de tout ce que j’ai pu faire auparavant, surtout que je ne viens pas d’une telle famille ou d’un tel univers. Ça représentait un beau défi mais je pensais ne pas être la personne qu’il fallait pour ce rôle. Olivier Dahan n’était pas de cet avis, et c’est quelqu’un avec qui chaque acteur devrait travailler car il est excellent. (Rires) Celui-ci est uniquement pour moi. Je voulais travailler avec Olivier et Nicole Kidman mais aussi parce que je ne savais pas si j’en serais capable. Déjà parce que ça s'éloigne vraiment beaucoup des rôles que j'ai pu jouer jusqu'à présent. Du coup quand on m'a proposé ce rôle, je l'ai immédiatement vu comme un challenge. Parce que ce n'était pas le genre de personnage que je me serai imaginé interpréter un jour, je ne savais pas si j'en étais capable. Olivier était sûr de son choix. C'est grâce à lui que j'ai pu interpréter un tel personnage.

Que connaissiez-vous du Prince Rainier avant ce tournage?

Pour être honnête, je ne savais rien sur lui. Je savais qu'il était le mari de Grace Kelly. Et c'est le genre d'histoires dont on parle aujourd'hui encore. L'idée de cette actrice, oscarisée (ndlr. pour La Fille de la province en 1955), une grande star hollywoodienne au sommet de sa carrière, et qui laisse tout tomber pour cette petite Principauté dont elle devient la princesse. Tout le monde, des réalisateurs aux spectateurs en passant par les photographes, était intrigué par cette histoire. Et j’ai ensuite découvert le fracas politique avec les Français qui régnait à l’époque et dont je n’avais pas la moindre idée avant. A l’époque, une actrice qui se retrouve Princesse d'une Principauté, c’est un sujet glamour qui passionne et intrigue les gens. C'est une histoire vraiment intrigante quand on y pense! Avec le film, j'ai aussi découvert les tensions politiques qu'il y a eu entre Monaco et la France. Je n’en avais jamais entendu parler. Quand nous avons commencé à penser à lui, nous voulions en faire quelqu'un de fort, qui doit se battre, malin et intelligent. Nous avions besoin de construire son image, sa force. C'est un homme d'affaire avisé et un fin politicien qui est pris au milieu d'un maelström de choses très difficiles à gérer. Le film commence au moment où Rainier est sur le point de chuter et dévoile tous les enjeux du Rocher a travers les conseillers du prince.

Votre opinion sur la monarchie est notoire et pourtant vous avez accepté de jouer un prince …

(Rires) En effet, je ne suis pas un admirateur inconditionnel de la famille royale britannique. Pour moi, l’aristocratie est un anachronisme et les aristocrates, une erreur d’ADN. J’estime que ces gens ont le droit d’exister mais en vivant avec leur peuple, dans des logements sociaux, en travaillant et non sur les impôts. Qu’ils restituent l’argent dépensé pour le mariage de Charles et Diana qui a été pris aux Anglais! Ce n’est pas le genre de monde qui m’attire, sur le plan politique notamment. Mais c’est parfois bon d’intégrer une personne à un univers auquel elle ne croit pas. C’est intéressant, surtout que je ne connais pas d’homme d’affaires. J’en vois à Cannes, mais je ne traîne pas avec eux. Pareil avec les hommes politiques.

Comment vous êtes-vous préparé à ce rôle?

Il n’y avait pas beaucoup de films d’archives a son sujet mais j’en ai vu quelques-uns. Le fait qu’il y ait peu de documentation sur la relation entre Grace et Rainier entretenait le mystère. Sinon, j’ai beaucoup lu sur lui car son personnage m'intriguait. Cela m’a plu de voir en Rainier un homme dans des moments difficiles, de constater sa vulnérabilité comme chacun de nous peut connaitre. Dans le film, on arrive au moment où il a exploré toutes les possibilités et se retrouve a cours d’idées.

Comment décririez-vous la relation entre Rainier et Grace Kelly?

Dans le film on a jonglé entre deux phases différentes: l'idée d'un mariage plus ou moins arrangé et celle d'un couple qui s'aime profondément. Je n'étais pas là quand ils se sont rencontrés évidemment mais je peux imaginer cette soirée de Cannes où ils se sont rencontrés, comment elle est rentrée à Hollywood, je sais qu’ils se sont échangés des lettres, qu’ils se sont revus puis se sont mariés. Grace de Monaco est un focus sur leur couple mais pourrait être un focus sur les couples en général. Comment deux mondes complètement opposés se retrouvent ensemble, la collision et finalement l'adaptation. Je pense que le Prince Rainier était vraiment très amoureux de son épouse. Ce qui oppose par exemple leur relation à celle de Diana. L’idée, pour nous, était de toujours osciller entre ces deux aspects. Je n’y étais pas donc je ne sais pas comment les choses se sont vraiment passées. Ce que nous cherchions à faire avec eux deux, et c’est sans doute le cas des couples en général, c’est faire entrer leurs mondes respectifs en collision. Mais je pense - ou j’espère - qu’il l’aimait vraiment, contrairement à quelqu’un comme Diana. Là ils ont avoué qu’ils ne s’aimaient pas.

Le film a surtout été tourné en Belgique, en Italie et en studios et peu a Monaco; connaissiez-vous la Principauté?

Oui, j’avais déjà tourné un film là-bas (ndlr. Möbius) et j’étais à peine rentré chez moi que je suis revenu faire celui-ci. Mais on m’a surtout montré une interview très intéressante de Rainier dans laquelle était évoqué le problème que Monaco avait avec la France et sa volonté de faire front. Plus que le contenu, c’est sa façon de parler et de délivrer son message, sa confiance et sa façon de bouger qui m’ont semblé fascinantes. J’y ai découvert un personnage intriguant. Il ne m’avait jamais paru attirant auparavant, mais j’ai vite compris comment une femme pouvait craquer pour lui. J’ai aussi vu des images de lui aux funérailles de Grace Kelly, et il semblait dévasté, donc l’idée était d’aller d’une version de cet homme à l’autre au cours du récit.

Que pensez-vous de la réaction des Grimaldi?

Je pense qu’ils devraient voir le film avant de juger mais ils protègent leurs parents, ce qui est une bonne chose car je souhaite que mes enfants fassent de même avec moi. Si telle est leur intention, ça me va et j’espère que, quand ils verront le film, ils comprendront que celui-ci a été fait avec beaucoup de respect, et qu’il parle des couples en général. Après ils font partie de la royauté, et sont donc scrutés par l’opinion publique.

Vous donnez la réplique a Nicole Kidman; comment était-ce de jouer avec elle?

Elle était sur le film depuis plus longtemps que moi. Elle avait déjà construit son personnage. Elle survolait déjà le projet, elle flottait littéralement au-dessus de nous. Ensuite, sur le tournage, nous nous sommes beaucoup amusés, Nicole est très drôle. Pour ce rôle elle s'est réinventée une nouvelle fois, ce qu'elle fait toujours d'ailleurs. Ses choix d'actrice sont très forts et inhabituels. En vieillissant, surtout pour les femmes, le métier est implacable, il faut se remettre en question et prendre des risques. C'est un mode de survie pour durer. Le rôle de Grace de Monaco est très difficile.

On vous connait avec des rôles de durs un peu violents, comme Sherlock ou Game of Thrones; vous êtes- vous assagi avec un personnage Rainier?

Reposez-moi la question quand vous aurez vu mes deux prochains films (rires). Non, ce qu’il s’est passé c’est que je suis entré dans la cinquantaine: je craignais que ce soit la période la plus ennuyeuse de ma vie en termes de rôle. Mais ceux qu’on m’a proposés étaient en fait plus intéressants et plus variés. Des rôles qui exploitent un spectre plus large. Ici par exemple, qu’on aime le film ou non, c’est typiquement le genre de personnage que je n’avais jamais joué auparavant. Et il pourrait ouvrir d’autres portes. Pour ce qui est de mes choix, il y a deux raisons: soit parce que le scénario vous paraît fantastique et que vous voulez être du projet, soit parce qu’il faut payer le loyer. Voilà quels sont les deux types de films que l’on fait: ceux pour l’argent et dans lesquels on fait ce qu’on peut avec le matériau, et ceux qui vous tiennent à cœur.

Quelle est votre opinion des productions télévisées américaines?

Il fut une époque ou la BBC réalisait des productions de qualité, ce temps est révolu (rires) … Je devrais être assassiné pour de tels propos! C’est dut au fait que les acteurs britanniques regardent avec mépris les productions de télévision, ce qui n’est pas le cas chez les acteurs américains. Ils acceptent avec enthousiasme de travailler pour la télévision comme pour le cinéma, cela donne des productions télévisuelles excellentes.  Je reste à l’affut de telles propositions comme pour le théâtre. Mon but en tant qu’acteur est d’offrir du bon temps au public et je me donne de la peine pour y parvenir. Et bien évidemment j’espère travailler a nouveau avec Tarantino.

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