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Festival de Cannes 2014: Interview de Nicole Kidman pour "Grace de Monaco"

Festival de Cannes 2014: Interview d'Olivier Dahan pour "Grace De Monaco"

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Depuis plusieurs mois, la polémique entre le producteur américain Harvey Weinstein et le cinéaste français Olivier Dahan, auteur de La Môme  et qui a présenté Grace de Monaco en compétition faisant l'ouverture de la 67e édition du Festival de Cannes, semble enfin dissipée. Rappelons que, depuis des mois, un conflit retentissant entre le producteur très puissant à Hollywood, qui avait notamment distribué outre-Atlantique The Artist, et le réalisateur français, menaçait de retarder la sortie du film consacré a la Princesse Grace. Le producteur n'avait pas du tout apprécié la version définitive de Grace de Monaco, proposée par Olivier Dahan, l’estimant trop sombre, et avait imposé de refaire le montage pour les Etats-Unis, sous peine de ne plus distribuer le film.

Au sujet de son film biographique. Olivier Dahan répond avec calme, précision et détermination, pratiquant son franc-parler usuel. Rencontre sur la terrasse d’un palace de la Riviera.

La famille Grimaldi est très mécontente de votre film et l'a fait savoir. Leur réaction vous touche-t-elle?

Non, ils m’ont donné leur feu vert avant le début du projet et à nouveau pendant le tournage. Ce qui n'est pas carré de leur côté, c'est que nous n'avons pas tourné en caméra cachée à Monaco. Ils avaient lu le scénario avec plusieurs aller-retour. Bien après la polémique, je suis d'ailleurs allé tourner de nouvelles séquences. Et là encore, j'ai obtenu les autorisations. C'est très étrange car Albert et Caroline ne sont déjà pas d'accord entre eux. Attention, je l'ai constaté quand j'étais dans leur bureau. Albert de Monaco est beaucoup plus souple. Il a compris ce que j'étais en train de faire. Caroline a tout refusé en bloc. Mais je ne les force pas à adhérer au film. Ce sont les enfants du couple princier et ils défendent leurs parents ; c'est compréhensible.

Quand on vous a proposé le scenario, vous a-t-il immédiatement plu?

J’aime les figures féminines emblématiques: Edith Piaf, Grace Kelly devenue Princesse de Monaco. Il y en aura une troisième, c’est certain. Mais Piaf et Grace sont opposées: Piaf n’aurait jamais pu arrêter sa carrière, elle a chanté jusqu’à la fin alors que Grace Kelly cesse d’être actrice, elle arrête sa vie artistique au début de mon film. Le scénario m’a plu car le mariage de Grace et de Rainier est un vrai casting. C'est de notoriété publique, c'est écrit noir sur blanc dans les livres, et pas seulement dans les biographies non-autorisées. À l'époque, Rainier avait rencontré Marilyn Monroe, qui avait refusé. C'est un fait. Il est également connu de tous qu'à l'époque des faits décrits par mon film. Grace Kelly n'était pas heureuse. Moi, je ne cherche pas à réécrire l'histoire. Mon film commence au moment où elle doit choisir entre rester auprès de ses enfants ou retourner à Hollywood quand Hitchcock lui propose un rôle magnifique.

La famille princière pensait-elle être partie prenante de votre projet?

Il y a une part évidente de business dans tout cela. Monaco est un paradis fiscal derrière la vitrine des fastes des princes et des princesses, le business bat son plein. D'ailleurs, dès 1956, le mariage de Grace et de Rainier a été filmé par la MGM, monté et distribué comme une production hollywoodienne. Cette colère est autant protocolaire que relevant de l'ordre de l'intérêt commercial. Le quiproquo provient du fait qu'ils s'imaginent qu'on veut les incorporer à la promotion du film. Je ne leur ai pas demandé de faire la publicité de Grace de Monaco. Je leur ai uniquement fait lire le script. J'ai demandé des autorisations de tournage. Ça s'est limité à cela.

Maintenant que les nuages se sont dissipés, pouvez-vous nous parler des dissensions que vous avez connues avec votre producteur?

Harvey Weinstein voulait tout simplement un film beaucoup moins complexe, un téléfilm en somme. Si je me suis énervé, c'est parce qu'il voulait faire quelque chose de totalement lisse, premier degré, destiné au public américain. Il n'a pas pu comprendre ce que je faisais, puisqu'on ne s'est jamais parlé. Lui voulait un film de princesse, au ras des pâquerettes. Tout est complètement résolu. Nous travaillons ensemble avec Harvey Weinstein. Et c'est ma version de Grace de Monaco qui sortira aux Etats-Unis. J'en suis très content.

Etiez-vous conscient des concessions à faire en vous engageant avec un producteur américain?

Grace de Monaco est un film français. Je ne voulais en aucun cas faire un biopic. J’ai cherché a faire le portrait d’une actrice  tout en y mettant une dimension personnelle. Dans ce que j’ai raconté ici, il y a des choses qui résonnent avec ma propre vie comme le mariage, les enfants, mon ex-femme. Si j’avais fait un film hollywoodien, j’aurais su à quoi m’attendre, je sais comment ça se passe: au bout de trois versions, si ça ne convient pas, vous dégagez du banc de montage, et c’est le producteur qui s’en charge. Mais là c’est un film français, donc logiquement il ne devrait pas y avoir ce genre de problème. Le distributeur américain, aussi puissant qu’il puisse être, n’a pas accès aux rushes normalement. Grace of Monaco est un film sur une actrice, une icône et sur sa fonction en tant que princesse. Une princesse qui se retrouve contrainte à faire un choix de façon brutale, comme de nombreuses femmes victimes de la domination masculine

Quel enseignement tirez-vous de cette expérience?

J’ai juste envie de travailler avec des gens qui ont envie de faire un film qui ressemble à un film, et pas à une bande-annonce ou à un objet marketing. Aujourd’hui, il y a une tendance qui commence à poindre: on fait une bande-annonce avant même que le montage du film soit fait. Là, en l’occurrence, ils ont fait une bande-annonce qui ne correspondait pas au film, puis ils essaient de faire en sorte que le film ressemble à la bande-annonce, c’est absurde.

Comment envisagez-vous la suite?

Je pense qu’après Grace de Monaco, j’en aurai fini avec un certain luxe. Ne serait-ce que dans le sujet, je veux revenir à quelque chose de plus radical, de plus abrupt comme Déjà Mort. J’avais envie de faire ce tour-là, d’essayer d’autres choses, je l’ai fait, j’assume. Mais être dans cette situation, ça va deux minutes. Je n’ai pas signé un film de major, et je me retrouve dans des considérations marketing, et avec un scénario que je n’ai pas signé en plus.  Je vais certainement écrire la suite de Déjà Mort. J’avais perdu l’envie d’écrire ces dernières années, c’est pour ça que j’ai fait des films un peu disparates comme Les Seigneurs par exemple, je l’ai fait pour rigoler, pour me détendre. Mais là, l’envie d’écrire est en train de revenir. Tout ça a dû jouer. A force de se casser la tête sur des détails, à expliquer des choses à des personnes ne veulent pas comprendre, on rencontre des écueils.

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