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Hayao Miyazaki, annonce son départ en retraite. Portrait et biographie.

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Le maître incontesté du film d'animation japonais, Hayao Miyazaki a annoncé, en septembre 2013, vouloir se retirer du cinéma après la Mostra de Venise où son dernier film, Kaze Tachinu Le vent se lève était en compétition pour le Lion d'Or. Lors de cette déclaration à la presse, Koji Hoshino, président des studios Ghibli co-fondés par Hayao Miyazaki, a précisé que le réalisateur de 72 ans donnerait une conférence de presse à Tokyo à ce sujet. Hayao Miyazaki s'est fait connaître du monde entier en 1999 avec la sortie internationale de Princesse Mononoké. Ses autres longs métrages ont depuis connus un succès similaire, du Voyage de Chihiro (plus gros succès de tous les temps au Japon) à Ponyo sur la falaise en passant par le Château ambulant.

Une enfance marquée par la guerre et l'aviation

Hayao Miyazaki, né le 5 janvier 1941 à Tokyo , est un mangaka, un réalisateur de film d'animation japonais et le cofondateur des Studios Ghibli. Deuxième d’une fratrie de quatre garçons, sa petite enfance est marquée par un Japon dévasté par la Seconde Guerre Mondiale. Toute l'œuvre de Miyazaki en sera beaucoup inspirée. Son père, Katsuji Miyazaki, est alors directeur de Miyazaki Airplane, une entreprise en aéronautique appartenant à son frère (l’oncle de Hayao) qui produisait des avions de chasse japonais.  L'aviation est un thème récurrent dans ses films. C’est certainement à ce contexte que Miyazaki doit cette passion pour les avions et le vol en général.

L'image maternelle qui marquera son œuvre

La mère de Hayao était une femme intelligente, plutôt réservée et stricte. Entre 1947 et 1955, souffrant de tuberculose vertébrale, elle reste alitée, d’abord à l’hôpital puis chez elle, pendant neuf ans. Hayao était très proche d’elle; par bien des aspects le film Mon voisin Totoro est autobiographique. Shirō Miyazaki, le frère cadet de Hayao, dit du personnage de Dora dans Le Château dans le ciel qu'il est basé sur leur mère, non physiquement mais en ce qui se rapporte à sa personnalité. Fuyant la guerre, la famille Miyazaki déménage souvent en 1944 et 1945 au nord de Tokyo). L’usine de Miyazaki Airplane était à Kanuma. Le petit Hayao connaît trois écoles différentes en six ans.

La découverte des manga : une révélation

Pendant sa dernière année au lycée, il découvre le premier film d’animation japonais en couleurs: Le serpent blanc(Hakuja den), de l’animateur Yabushita Taiji du studio Toei, inspiré d’un conte populaire chinois. Pour le jeune Hayao, c'est une véritable révélation; quand on le questionne à ce sujet, il dit être tombé amoureux de l’héroïne, Pai-nyan, et avoir pleuré toute la nuit. Il est également grand amateur d’Osamu Tezuka et exerce alors ses talents de dessinateur, d’abord en faisant des croquis d’avions en imitant son héros, mais estime qu’il ne peut pas dessiner les personnes.

Un jour, se rendant compte qu’il ne faisait que copier le style de Tezuka, il brûle tous les manga qu’il avait dessinés; il dit s'être rendu compte que créer son propre style était très difficile. En 1962, il entreprend des études en économie et rédige une thèse sur l’industrie japonaise. La même année, il rejoint un club de recherches sur la  littérature enfantine. Sont-ce là les prémisses de sa passion pour les histoires destinées au jeune public?

Nausicaä  et le début du succès au Japon

En 1982, il réalise les six premiers épisodes (dont il signe également le scénario) de la série Sherlock Holmes (finalement diffusée en 1984 et 1985) en coproduction avec la RAI italienne. Cette série raconte les aventures d'un Sherlock Holmes présenté sous les traits d'un renard anthropomorphe. C’est vers cette époque qu’il côtoie régulièrement Suzuki, son fidèle ami, avec qui il parle de ses idées de projets futurs. Celui-ci décide de l’aider à les réaliser, en commençant par Nausicaä la vallée du vent. Il essuie refus après refus des producteurs, qui demandaient à l’époque des mangas ou de la musique avant d’accepter un projet. Suzuki ne baisse pas les bras, et fait publier dans Animage la version manga de Nausicaä, grande saga épique et écologique que Miyazaki mettra douze ans à terminer. Le manga est un immense succès.

Les studios Ghibli

Isao Takahata et Hayao Miyauaki décident d'unir leurs efforts pour cofonder les Studios Ghibli en juin 1985 avec l'aide de la compagnie Tokuma Shoten, éditrice du magazine sur l'animation. Mais, dans les faits, l'équipe du studio Ghibli existait déjà lors de la création du film Nausicaä, le vent dans la vallée, en 1983.

Le logo de ce studio est un totoro, une créature évoquée dans une production Ghibli. Le nom du studio provient du mot que les Italiens utilisaient pendant la Seconde Guerre Mondiale pour désigner l'un de leur avion de reconnaissance, le Caproni Ca 309 Ghibli. Grand fan d'aviation, Hayao Miyazaki décide de choisir ce nom. Pour lui le studio Ghibli se doit de jouer un rôle d'éclaireur dans le secteur de l'animation japonaise, à l'image des pionniers de l'aviation qui le passionnent. La particularité de ce studio est de se concentrer sur les longs métrages d'animation, dans un pays où ce sont surtout les séries TV qui sont favorisées. On note aussi une grande exigence concernant la qualité des films produits, aussi bien la qualité technique que la qualité scénaristique et la qualité de la photographie. Au début, les studios Ghibli ne produisent que les films des cofondateurs mais ouvrent, peu à peu, leurs portes aux nouveaux réalisateurs parmi lesquells Yoshifumi Kondo, considéré comme l'héritier artistique de Miyazaki. La marque de fabrique des studios Ghibli est une volonté basée sur les principes écologiques et l'harmonie des êtres humains avec la nature.

Le succès devient international

Presque inconnu en Occident en dehors des cercles d’amateurs d’animation et de manga jusqu’à la sortie internationale de Princesse Monoké en 1999, ses films rencontrent aujourd’hui un grand succès partout dans le monde et surtout au Japon où certains ont battu des records d’affluence. Il explore souvent les mêmes thèmes centraux, la relation des êtres humains avec la nature, l'écologie et la technologie, avec une prédilection pour l'aéronautique ainsi que la difficulté de rester pacifiste dans un monde en guerre. Toutes ces thématiques se retrouvent dans son dernier film, Le vent se lève, un film-testament selon le réalisateur.

Le shintoïsme imprègne son oeuvre

Les protagonistes de ses films sont le plus souvent des jeunes filles ou des femmes fortes et indépendantes, et les «méchants» ont des qualités qui les rendent moralement ambigus, comme les kamis, divinités et esprits vénérés dans la religion shintoïste. Ses œuvres sont tout aussi accessibles aux enfants qu’aux adultes. Au Japon, il est considéré comme l’égal d’Osamu Tezuka, son maître à penser, et en Occident, on le compare souvent à Walt Disney. Cependant Miyazaki reste modeste et explique le succès de son entreprise par la chance qu’il a eue de pouvoir exploiter pleinement sa créativité. Il reçoit les honneurs du magazine Times en 2006 qui le place comme l’une des personnalités asiatiques les plus influentes des 60 dernières années.

Miyazaki décide de prendre sa retraite

Le 1er Septembre 2013, Koji Hoshino, le président du Studio Ghibli, annonce que Miyazaki prendra sa retraite du cinéma après la 70e Mostra de Venise où son dernier film, Kaze Tachinu (Le vent se lève), était en compétition pour le Lion d'or. Cette annonce a suscité surprise et émoi durant la Mostra car, après la projection du film de Miyazaki, la teneur et les thèmes abordés dans ce film semblent confirmer qu'il s'agit d'un dernier coup de maître. Il est vrai que Miyazaki a souvent annoncé son départ en retraite mais, contrairement aux annonces précédentes, le réalisateur a même renoncé à faire le voyage à Venise pour la première mondiale de son film, s'estimant trop âgé pour effectuer un tel déplacement.

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