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Denzel

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Les grands comédiens n'ont pas que du talent. Ils ont également une éthique professionnelle irréprochable qui leur interdit d'être moyens, même lorsqu'ils ne croient pas trop au film dans lequel ils jouent. De ce point de vue là, Denzel Washington est grand. Très grand même: pas une seule performance paresseuse ou en roue libre au compteur (Bruce, c'est à toi que je pense…).

Si les hommes qu'il incarne gardent une part de mystère pour le spectateur, on sent bien que Denzel, lui, connaît leur moindre secret. Volubile ou taiseux, il exprime toujours à l'écran une certaine complexité, maintient de bout en bout son intensité et ne lâche jamais son emprise sur le spectateur. Quelle que soit la qualité ou le propos du film, Denzel donne le maximum. Cela se vérifie même dans le plus médiocre de ses films. Exemple: L'Attaque du Métro 123 n'est sans doute qu'un remake pataud d'un superbe thriller des années 70, mais Washington s'y montre impressionnant dans le rôle d'un modeste employé à la moralité douteuse, contraint de jouer les négociateurs lors d'une prise d'otages dans le métro new yorkais. Scène après scène, la plupart du temps en gros plan, le comédien affine les contours de cet anti-héros, sans jamais chercher à séduire son public. Du travail d'orfèvre dans une grosse bastringue.

En plus de son charisme de star de ciné et de sa présence physique renversante, c'est certainement cette éthique d'artisan du jeu qui maintient la cote de popularité de Denzel au plus haut. Son aversion du show business et des mondanités ne font que le rendre encore un peu plus sympathique à nos yeux. Les acteurs vont et viennent dans le cœur des spectateurs, mais lui y reste, pour de bon ; c'est d'autant plus remarquable que la plupart des personnages qu'il interprète sont loin d'être des gars sympathiques.

Même si l'on peste parfois à le voir "gâcher" son talent dans des produits de consommation, cela n'entame jamais notre ferveur. Dans son dernier film, Two guns, buddy-movie inoffensif, Washington pourrait faire son mariole, en se plaçant au-dessus de la mêlée. Au contraire, il profite de l'expérience pour apprendre encore et élargir sa palette d'acteur, en se frottant à un spécialiste de la comédie, Mark Wahlberg. On sort de ce film tout content d'avoir vu un Denzel décontracté et terriblement joueur. C'est peu, mais c'est déjà ça, dans l'attente de sa prochaine sortie à l'affiche d'un nouveau thriller The Equalizer, sous la direction de…Antoine Fuqua, cinéaste rentre-dedans. Pour le chef-d'œuvre on patientera donc encore un peu.

Denzel Washington secoue la planète cinéma dès son premier grand rôle au cinéma. Dans Le cri de la liberté, le drame académique de Richard Attenborough, le comédien de 32 ans crève l'écran. Public et critiques savent qu'ils viennent d'assister à l'éclosion d'un acteur monstrueux, qui ne vacillera pas, qui ne décevra pas. Washington le confirme dans la foulée, tout d'abord en décrochant un Oscar (le premier, depuis Sidney Poitier, à être décerné à un afro-américain) pour sa composition de soldat rebelle dans Glory (1989, Ed Zwick), puis en brillant dans ses deux premières collaborations avec Spike Lee, le sous-estimé Mo' Better blues (1990) et Malcolm X (1992), qui lui vaut une nouvelle nomination aux Oscars. Reconnu par ses pairs et déjà extrêmement populaire, Washington se trouve alors à la croisée des chemins, entre le circuit indépendant et la voie royale des productions hollywoodiennes. Il choisit la sécurité et le capital. Au fil des années, le comédien oriente sa carrière vers des choix plus commerciaux, en plaçant sa confiance dans des cinéastes solides, à défaut d'être des poètes du 7ème art. De temps à autre, il prend un (petit) risque, qui, à chaque fois, s'avère payant. Sa présence dans Philadelphia (1993) évite au film de Jonathan Demme de virer au mélo dégoulinant; on relèvera au passage qu'il est certainement pour beaucoup dans la métamorphose de Tom Hanks, Mr. Nice Guy, en superbe interprète dramatique.  Quelques années plus tard, nouveau (petit) défi sur Training day (2001, Antoine Fuqua): au risque de s'aliéner sa base de fans biens pensants, Washington compose une ordure de première, affichant sourire carnassier et panoplie bling bling de flic ripoux. Succès au box-office et deuxième Oscar à la clé. A 48 ans, Denzel n'a, déjà, plus rien à prouver, si ce n'est à lui-même.

Et c'est tout logiquement qu'en 2002, ce que l'on pressentait se produit: le vieux renard des plateaux passe à la réalisation avec Antwone Fisher. Il remettra le couvert cinq ans plus tard en signant The Great debaters (2007). Sans surprise, le metteur en scène fait bien son boulot. Sans surprise également, ses films sont costauds, sans être fulgurants. Aujourd'hui, l'artiste semble chercher les défis personnels ailleurs que devant la caméra, puisqu'en 2014, il retournera une nouvelle fois à la source, sur les planches de Broadway (J'en connais qui sont déjà en train de réserver des billets…).

En attendant ses prochains faits d'armes, on prie pour qu'un Scorsese, un Fincher, un Tarantino, un Mann ou un Spielberg lui propose enfin un beau rôle dans un grand film. On n'en était pas loin dans Flight, dirigé de main de maître par Robert Zemeckis, mais Washington devra viser plus haut s'il entend un jour donner une dimension supplémentaire à sa filmographie. Sans vouloir se mêler de ce qui ne nous regarde pas, peut-être pourrait-il, par les temps qui courent, commencer par accepter de prendre nettement moins que les 12 à 20 millions de dollars qu'il touche par film. Heureusement que les paquets de dollars n'ont pas altéré sa classe...

Assez parlé de gros sous. Pour fêter – avec un peu d'avance - les 60 ans de Denzel, revenons sur les performances les plus imposantes de sa carrière.

10. Glory (1989)

La présence de Washington aux côtés de l'impeccable Morgan Freeman constitue un motif suffisant pour revoir ce film de facture classique. Battant, arrogant, toujours droit, il incarne le genre de rebelle qui fascine autant les hommes que les femmes. En une poignée de scènes, Denzel envoie un signal fort au tout Hollywood : un nouveau boss est en ville.

9. Le Cri de la Liberté (1987, Richard Attenborough)

A juste titre, Washington se dit très fier de son travail dans ce long métrage sobre qui lui offre son premier grand rôle et pas n'importe lequel, puisqu'il s'agit de celui de l'activiste sud africain Steve Biko. On est frappé d'emblée par sa sincérité et son impressionnante maturité de comédien.

8. American Gangster (2007, Ridley Scott)

Un rôle tout aussi marquant que celui de Training day, dans un registre moins flamboyant. Frank Lucas est un caïd calculateur et froid qui s'est bâti tout seul un empire dans une Amérique raciste. La reconstitution est minutieuse, la mise en scène de Ridley Scott ample, le scénario brillant, mais c'est bien l'affrontement à distance entre Denzel Washington et Russell Crowe qui donne à ce polar son souffle épique.

7. Philadelphia (1993, Jonathan Demme)

Tandis que Hanks fait le spectacle et nous arrache les larmes dans le rôle du malade, Washington nous tient par la main, avec un mélange de douceur et de fermeté. Une leçon de "Less is more".

6. Flight (2012, Robert Zemeckis)

Nouveau rôle d'addict pour Denzel qui semble avoir encore peaufiné son travail avec les années. Excellent en picoleur/sniffeur odieux, il nous scotche surtout lors de la fameuse séquence de l'accident, avec sa façon inimitable de capter totalement notre attention et de nous faire oublier, l'espace d'un instant, que l'on est dans une salle de cinéma.

5. USS Alabama (1995, Tony Scott)

Dans ce thriller sous-tension marqué par des dialogues d'enfer, Denzel fait jeu égal avec un Gene Hackman au meilleur de sa forme. Pas besoin d'en dire plus.

4. Man on fire (2004, Tony Scott)

Malgré tous les trucs de montage utilisés par Tony « Techno » Scott, Man on fire n'est pas qu'une belle mécanique. Ce thriller lourd et sombre doit son âme à la présence magnétique de Washington, déstabilisé comme jamais par le naturel et la grâce de la petite Dakota Fanning. Le comédien dira d'ailleurs qu'elle est l'actrice qui l'a le plus impressionné au cours de sa carrière.

On aime bien les rôles d'alcooliques au ciné. On adore les vengeurs au sang froid. On craque pour les colosses aux pieds d'argile. Quand ils sont tous réunis dans un seul rôle interprété par Denzel, c'est carrément Noël.


3. He got game (1998, Spike Lee)

Dans ce drame scandaleusement sous-estimé de Spike Lee, Washington se montre sidérant de naturel dans le rôle d'un ex-taulard qui cherche en vain à gagner l'affection de son fils, devenu une star de la NBA. Le personnage est un homme arrogant et peu recommandable et pourtant, on ne peut pas s'empêcher de souffrir un peu avec lui. Nouveau tour de force de la part de l'acteur qui donne son côté brut à ce film-poème dédié au basket-ball et à ces tranches de vie qui se jouent sur les playgrounds des villes américaines.

2. Training day (2001, Antoine Fuqua)

Pied au plancher, volume sonore au maximum, Denzel en fait des tonnes et on adore ça. La performance monstrueuse du Professeur, contrebalancée par celle plus subtile de son élève Ethan Hawke, permet à ce thriller classique de conserver toute son énergie douze ans plus tard. Cool, flashy, Denzel crée l'un des salopards les plus jouissifs de l'histoire du cinéma de genre. Du grand art caché dans un gros paquet de pop corn. Prends-en de la graine, Will Smith...

1. Malcolm X (1992, Spike Lee)

Habité comme jamais par l'esprit d'une figure historique controversée, Washington se hisse aisément au niveau des interprétations légendaires de De Niro dans Raging Bull, Kingsley dans Gandhi ou encore de Day Lewis dans Lincoln. Impérial. Pour ne rien gâcher, le biopic de Spike Lee est aussi l'un des meilleurs films américains des années 90.

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